Longue randonnée : 4 jours sur le sentier des Caps de Charlevoix

C’était dans ma liste de choses que je désirais accomplir en 2020 : m’initier à la longue randonnée. Après un test conclusif sur la boucle du mont des Morios avec camping au sommet (29 km en 2 jours), il était temps d’augmenter un peu l’intensité avec 54 kilomètres sur le sentier des Caps de Charlevoix.

« As-tu déjà entendu parler du sentier des Caps dans Charlevoix? »
« Non. Mais on y va quand? »

Deux phrases, un enthousiasme vitement acquis et quelques appels plus tard, nos nuitées en refuge étaient réservées. Il ne restait plus qu’à s’asseoir autour d’une bonne bière pour planifier notre matériel et nos repas et à attendre impatiemment la mi-août.

Cet article se présentera en deux parties :

  1. Notre expérience
  2. L’organisation de la randonnée

4 jours sur le sentier des Caps de Charlevoix : notre expérience

Bon, on le sait, on ne revient pas de 6 mois sur l’Appalachian Trail, mais c’était, pour nous deux, une première rando sur plusieurs jours. Pour deux p’tites mères, on se trouvait déjà pas mal bonnes, et durant ces 4 jours, c’est une myriade d’émotions et d’anecdotes qui se sont fait une place dans nos esprits et dans nos souvenirs.

En gros, on a vécu le découragement et l’euphorie et on s’est construit un solide stock d’inside jokes capable de meubler nos 10 prochaines années d’amitié.

Jour 1 : de Cap Tourmente au refuge La Faille

L’amie Rachel, avec qui je me rends à Petite-Rivière-Saint-François pour rejoindre Anne (avec qui je pars en randonnée et qui laissera sa voiture à la fin du sentier), nous fait remarquer, sur la route vers le départ du sentier (Cap-Tourmente) à quel point la route entre les deux points est longue à franchir. « Vous allez marcher tout ça, les filles! »

On capote un peu. D’excitation, mais aussi de craintes. Est-ce que les petites blessures du début de la saison de rando vont s’inviter entre deux refuges? Est-ce qu’on va s’endurer? Est-ce qu’on va réussir à bien dormir? Et si je ne supportais pas le poids de mon sac? Toutes des questions qui nous semblent bien futiles une fois sur les sentiers.

Le genre de passage que j’aime particulièrement.

15 h 30, c’est donc le grand départ et on quitte la réserve nationale de faune du Cap Tourmente pour emprunter un petit chemin qui nous mènera au début du sentier. C’est une petite journée, à peine 7.4 km à franchir (qui, au final, en feront 9.7, incluant les détours aux points de vue). Une montée quasi constante, mais jolie et déjà intéressante.

On arrive au refuge La Faille à 20 h. Le temps de s’installer, d’aller chercher de l’eau, de se laver, de préparer à manger… la nuit est déjà bien installée. On investi la galerie, un petit thé sucré et un morceau de chocolat pour admirer les perséides, à leur plus fort semble-t-il, cette soirée-là.

Vue du refuge La Faille

Jour 2 : du refuge La Faille au refuge de l’Anse-aux-Vaches

La première nuit sur un matelas de sol, quand tu n’as plus 20 ans quand ça fait longtemps, est toujours un peu plus difficile. Dans mon cas, du moins.

J’ai l’impression que mes vieux os ont oublié l’aisance avec laquelle ils avaient bien pu y trouver un certain confort durant 3 mois* à cette époque lointaine où je levais le pouce bien haut pour vagabonder en Europe. M’enfin.

Réveil à 5 h 20. C’est trop tôt. On en fait vite le constat et on part, encore semi-endormies, sur des idées sans queues ni tête, discussion totalement dépourvue d’intellect qui se termine par un grave fou rire nous faisant douter de la possibilité de se rendormir. On finit par se dire : « OK, on se la ferme et on essaie de dormir encore un peu, la journée s’annonce exigeante. »

C’est avec un réel étonnement qu’on se réveille à nouveau… à 8 h 30! Le temps de faire chauffer l’eau pour le café, de déjeuner, de se changer et de remballer le matériel, il est déjà 10 h. On ne s’étouffe pas dans l’efficacité, mais on n’a que ça à faire, marcher, après tout. Au pire, on terminera à la frontale.

Au total, on marchera aux alentours de 21 km. Je sens mon sac se poser sur mes hanches sans délicatesse. J’ai beau voyager avec depuis 2005, ma morphologie a évolué et le sac ne semble plus autant me convenir.  Je me dis qu’il ne reste que deux jours, que je m’équiperai d’un bon sac de longue randonnée au retour.

20 h 30 : on arrive, exténuées, au refuge de l’Anse-aux-Vaches après une dizaine d’heures de marche. Nous ne sommes pas seules dans le refuge, malgré ce qu’on nous avait annoncé lors de la réservation.

Gérer l’eau, aller se laver un peu, se changer et préparer le souper a suffi à vider nos réserves d’énergie et de patience. À un tel point que je fais l’impasse sur les jujubes dont on a rêvé toute la journée et vais directement me coucher.

Il fait trop chaud à la mezzanine du refuge; on décide donc d’installer notre campement directement sur le béton en bas.

Jour 3 : du refuge de l’Anse-aux-Vaches au refuge du Cap l’Abattis

Je me réveille relativement tôt et j’en suis bien heureuse. Devant nous, une « petite » journée d’environ 14 km pour atteindre le troisième et dernier refuge. Chauffer l’eau pour le café, déjeuner, se changer et remballer le matériel. La petite routine installée depuis seulement 2 matins, mais qui semble déjà aller de soi. On attaque le sentier dès 8 h 30.

L’importance du duck tape.

J’ai fait mon lit, pour une fois.

On ne franchit pas une très grande distance avant qu’un sentiment de découragement ne nous gagne. Une plus que l’autre, la deuxième devant embrasser le rôle de motivatrice des troupes. Ça arrive.

Nos pieds nous font souffrir (heureusement, aucune ampoule, que de la fatigue), les montées nous semblent interminables (alors qu’elles sont somme toute plutôt raisonnables). On en vient à se demander où les grands randonneurs peuvent bien trouver l’idée de se lancer pour des semaines, voire des mois sur les sentiers.

Pour notre part – on en est alors certaines -, cette longue rando ne réveillera pas une passion enfouie et les chances qu’on franchisse les kilomètres de la Grande traversée de la Charlevoix ou du SIA un jour sont juste en dessous de nulles. (Ça, c’était nos pensées du moment, parce qu’aujourd’hui, au contraire, on est plutôt en train de se concocter une belle petite liste de longues randos qu’on désire faire un jour.)

On atteint de peine et de misère (mentales plus que physiques) le refuge où on s’installe pour le repas du midi, l’estomac dans les talons, et le moral pas très loin de la semelle.

Il ne reste que 7 km pour aujourd’hui, c’est rien quand on y pense. Des randos journalières de 10, 15, voire 18 kilomètres, on en a fait plusieurs. Et souvent, deux d’affilées. Ce qu’on fait là n’est techniquement pas beaucoup plus intense.

Environ une heure plus tard, un tournant s’opère dans notre attitude. La fatigue a laissé place à la motivation; la mine basse, à l’hilarité. Je ne sens plus la douleur de mes pieds, mon sac ne pèse désormais plus rien. Les montées ne me découragent plus, et je trouve les descentes sympathiques.

Et au-delà de tous ces facilitants, il y a cette euphorie qui s’installe brusquement et qui ne nous quittera plus pour les prochaines 24 heures.

Sur l’échelle des choses agréables, ça, après 8 heures de marche, c’est très haut.

Ce genre d’euphorie qui te provoque des fous rires sortis de nulle part, plusieurs fois par heure. Des fous rires qui t’obligent à t’arrêter de marcher, qui te font prier tous les saints pour que ton périnée fasse adéquatement son boulot, qui te renforcent les abdos et font couler les larmes à tout va. Ce genre d’euphorie.

On arrive au refuge du cap à l’Abattis vers 17 h 15, fortes d’une vitalité nouvelle. Deux autres randonneuses s’y trouvent déjà. Elles sont parties le même jour que nous et font le trajet en entier elles aussi. La chimie est parfaite et on passe essentiellement, après avoir exécuté notre petite routine – gérer l’eau, se laver, se changer, faire à manger -, la soirée à déconner.

On revient sur nos acceptions de la veille : on comprend maintenant pourquoi quelqu’un pourrait vouloir s’infliger ça.

Vue du refuge du Cap à l’Abattis

Jour 4 : du refuge du Cap l’Abattis à Petite-Rivière-Saint-François

On a eu froid cette nuit, mais j’avais tellement pesté ouvertement contre la chaleur de la veille que je n’ai pas osé me lever et faire un feu. Les souris s’en sont donné à coeur joie dans les réserves de nourriture de nos colocataires; une chance qu’on en est à notre dernière journée!

On se lance sur les sentiers vers 9 h, direction le refuge A Liguori, où nous nous arrêterons dîner… et où on trouvera soudainement que la concentration d’humains est trop élevée. Pour cause, le mont A Liguori fait partie du défi des 5 sommets cette année.

Une dernière journée plutôt humide, malgré l’absence de pluie depuis plusieurs jours.

On termine la dernière descente sur un long fou rire qui ne nous lâchera plus jusqu’à Baie-Saint-Paul, où nous sommes accueillies à l’Auberge des Balcons, en collaboration avec Pak-Sak (#invitation), une chaleureuse, nécessaire et confortable façon de terminer cette longue rando dans Charlevoix!

*Je reviendrai sur notre séjour à Baie-Saint-Paul et sur notre passage à l’auberge de jeunesse dans un prochain article.


4 jours sur le sentier des Caps de Charlevoix : organisation

  • Il est possible de parcourir le sentier en 3, 4 ou 5 jours. À la limite, en 2 jours, mais ça devient sportif.
  • Des refuges se trouvent tout au long du parcours (environ tous les 6-7 kilomètres). Il est possible de poser sa tente près de certains de ces refuges (sur plateforme). Dans les deux cas, des réservations sont requises.
  • Des points d’eau existent près de plusieurs refuges (jusqu’à 800 mètres du refuge dans certains cas). Dans les refuges sont à disposition un poêle à bois, du bois, une hache et quelques chaudrons. On dort directement sur le sol ou sur des plateformes de bois superposées.
  • Le sentier entier part du Cap Tourmente et se termine à Petite-Rivière-Saint-François. Certains choisissent de commencer ou de terminer à Saint-Tite-des-Caps ou de le faire dans l’autre sens.
  • Bref, il existe plusieurs possibilités tant pour la durée, la longueur, le trajet et l’hébergement. Je vous suggère d’appeler pour établir vos besoins et dessiner votre parcours.

Environ 29 livres de poids chacune au départ.

Sentier des Caps de Charlevoix : matériel à emporter

Voici une liste approximative du matériel emporté. Sauf mention contraire, il s’agit de matériel partagé à deux…

Pour cuisiner
  • Brûleur MSR Rocket Pocket 2 + une cartouche 227 gr. d’isobutane
  • Chaudron MSR ceramic 2,5 l.
  • 2 bols Fozzils
  • 2 sporks
  • 2 tasses en inox
  • Canif
  • Allumettes waterproof
  • Drybag (pour accrocher la nourriture en hauteur dans les refuges, à l’abri des petites bêtes)
Pour s'hydrater

Pour s’hydrater

Pour se soigner et prévenir
  • Trousse de premiers soins 
  • Trousse de médicaments 
  • Chasse-moustique
  • Crème solaire
Autre (à deux)
  • Clochette à ours
  • PQ dans un Ziploc
  • Corde, Duck tape, Tie wraps, sacs en plastique
  • Pile 9 volts (pour les détecteurs dans les refuges)
  • Savon Campsud (pour laver tout ce qui se lave : vaisselle, cheveux, corps, vêtements…)
  • 1 microserviette en microfibre (pour le lavage de vaisselle)
  • Petite pelle (pour la gestion de l’eau sale)
  • Une lampe solaire, imperméable et compressible (ma fameuse LUCI qui m’accompagnera désormais dans toutes mes aventures, bien utile en soirée au refuge)
Pour randonner (chacune)

  • Sac à dos (mon vieil ami Vaude 50 l. qui a voyagé plus qu’à son tour depuis 2005) + raincover
  • Bâtons de marche (j’étais sceptique, et je ne voulais pas investir; j’ai donc acheté ceux-ci chez Décathlon et franchement, je suis agréablement surprise)
  • Frontale (j’ai celle du Décathlon)
  • Espadrilles ou bottes de randonnée
Pour dormir (chacune)

  • Matelas de sol (mon très vieux et absolument intuable Thermarest Prolite)
  • Sac de couchage (j’ai le Chinook 3 +10 depuis 2005)
  • Oreiller gonflable (comme celui-là)
  • Bouchons d’oreilles
Pour se vêtir (pour moi)

  • 2 paires de bas en merino Icebreaker (utilisées en alternance)
  • 1 haut,1 bas et 1 top sportif pour randonner
  • 1 haut et 1 bas pour la nuit
  • 4 petites culottes (2 auraient suffi en les lavant à la main en alternance, mais j’ai eu envie de vivre dans le luxe)
  • 1 doudoune (Lolë)
  • 1 imperméable (Lolë aussi, dont je n’ai pas eu besoin)
  • Buff (autant utile pour le cou lors d’un matin frais, pour la tête pendant une nuit froide, pour mettre sur les yeux afin de ne pas se faire réveiller par la clarté du petit matin et pour cacher des cheveux dégueulasses au quatrième jour)
  • 1 paire de gougounes (Sanuk)
Autre (pour moi)

  • Une trousse d’hygiène (dentifrice, brosse à dents, désodorisant, étui et liquide à verres de contact, lunettes)
  • 1 batterie externe
  • Mon iphone
  • 1 livre (que je n’ai pas eu le temps d’utiliser)
  • 1 sac de compression (pour les vêtements)
  • 1 serviette en microfibre

Système de filtration Platypus GravityWorks

Alimentation sur le sentier des Caps

Pour l’alimentation, on a commencé par faire la liste de toutes les collations et les repas qu’il fallait planifier. À cela, on a ajouté les breuvages (café pour le matin, tisane pour le soir) et les gâteries (la récompense en fin de journée). Puis, on s’est séparé le tout.

Il était donc convenu qu’Anne planifiait tous les déjeûners et les collations d’avant-midi; moi, tous les breuvages et les collations d’après-midi. Finalement, on s’est séparé les « bonus » et les repas à prévoir. 

Pour les collations, on a visé deux collations par jour, soit des noix et des barres-tendres. On a fait un petit effort pour varier le type de barres-tendres et les mélanges de noix.

Pour les « oonus de fin de journée », on a planifié du chocolat pour la première journée, des jujubes pour la deuxième et des chips pour la troisième.

En ce qui concerne les déjeûners, comme on ne partait pas très longtemps, on ne s’est pas compliqué la vie et on a mangé la même chose les trois matins : du gruau nature auquel on ajoutait un mélange maison (noix, cassonade, graines de lin, raisins secs).

Pour les repas du premier jour (dîner et souper), on a opté pour des produits frais ne générant pas trop de déchets. Ces repas étaient un peu plus lourds et prenaient un peu plus d’espace, mais allaient vite être libérés de nos bagages.

Les trois jours suivants ont été planifié sur une base de repas simples, mais (la plupart du temps, mais pas tout le temps finalement) savoureux, riches en calories, faciles à préparer, prenant peu d’espace, pas trop lourds et générant peu de déchets.

À tout cela ont été ajoutés des pastilles Nuum (électrolytes pour eau) qu’on utilisait lors des arrêts le midi pour se faire croire qu’on avait droit à une boisson gazeuse-qui-goûte-quelque-chose ainsi que des enveloppes de (au cas où).

En gros, notre planification alimentaire ressemblait à ça :

Menu Jour 1
Midi : Wrap au saumon frais + petits fruits + moût de pommes
Collation : Barre-tendre
Soir : Baguette + fromages + charcuteries
Bonus : Chocolat
Fin de soirée : Tisane aux épices
Menu Jour 2
Matin : Gruau + muesli maison + café
Collation : Mélange de noix
Midi : Pita protéiné au thon
Collation : Barre-tendre
Soir : Sidekick carbonara crémeuse au bacon
Bonus : Jujubes
Fin de soirée : Tisane aux épices
Menu Jour 3
Matin : Gruau + muesli maison + café
Collation : Mélange de noix
Midi : Couscous à la dinde
Collation : Barre-tendre
Soir : Nouilles teriyaki + Jerky de poulet
Bonus :  Chips
Fin de soirée : Tisane aux épices
Menu Jour 4
Matin : Gruau + muesli maison + café
Collation : Mélange de noix
Midi : Pita végé à la louisianaise
Collation : Barre-tendre

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Éparpillée professionnelle, langagière de métier, étudiante à perpète, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Voyages, linguistique, tourisme brassicole et musique teintent mon quotidien.

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