[Jordanie] Canyoning dans le Wadi Mujib

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S’il y a bien une activité que j’attendais avec une vive impatience et, soyons honnête, un gros paquet de craintes semi fondées basées sur le constat de mon incompétence aquatique et de ma faible propension aux sports pouvant, en comparaison avec la marche rapide, se calculer comme étant intenses, c’était bien elle! Je vous emmène faire du canyoning dans le Wadi Mujib, contre toute attente!

Bon, j’exagère peut-être un peu. Mais pas beaucoup. Sérieusement, l’idée de progresser dans un canyon, à contre-courant, d’escalader des rochers et de me dépatouiller dans l’eau agitée m’apportait un mélange d’anxiété, d’excitation et… encore un peu d’anxiété.

Canyoning dans le Wadi Mujib

Faut savoir que je ne suis pas une très grande sportive. Je marche, beaucoup. Je cours, parfois. Je randonne, de plus en plus. Et je m’adonne à quelques autres activités ponctuelles. Mais je nage comme une patte de chaise, je ne me délecte pas des turbulences, ne me jète pas volontairement dans le vide, retenue par un fil (au sens propre, du moins… parce qu’au figuré, je gère autrement). Bref, on me verrait plus souvent attablée au pub du coin qu’en train de faire du canyoning.

Il y avait là, aussi, un souci de performance; celle avec qui j’allais parcourir le Siq trail, eh bien, elle, on la verrait plus souvent en train d’atteindre le camp de base de l’Everest qu’attablée au pub du coin, quoiqu’elle puisse avec brio réaliser ces deux activités –  non simultanément, of course. Bref, je ne voulais pas la ralentir, ou pire, lui faire honte. (En fait, non, je m’en fichais de lui faire honte, je ne voulais juste pas la ralentir…)

Mujib Biosphere Reserve

Mujib Biosphere Reserve

Nous avons visité le Mujib Biosphere Reserve lors d’une d’excursion d’un jour à partir de Madaba, juste avant une visite à la Mer morte. Donc, dans la même journée : visite de Madaba en matinée, Wadi Mujib et Mer morte en après-midi, et retour à Madaba en soirée. Il serait tout à fait possible d’inclure un arrêt au Mont Nébo dans cette même journée, à condition que la chose ne soit pas prévue en fin de journée, puisque le site ferme assez tôt. Une journée semblable pourrait facilement être organisée à partir d’Amman.

La Mujib Biosphere Reserve s’étend sur plus de 200 km2 et est géré par la RSCN (Royal Society for the conservation of nature). Elle entoure le Wadi Mujib – parfois appelé le Grand canyon de Jordanie -, un impressionnant wadi s’étendant sur 70 kilomètres entre la Desert Highway (qui la surplombe) et la Dead sea Highway, tout en bas, à 410 mètres sous le niveau de la mer, et mesurant en moyenne 1 kilomètre de profondeur pour 4 de largeur.

Wadi Mujib carte

On arrive au Mujib Visitor Center en début d’après-midi. Au moment de notre passage, un seul parcours aquatique est ouvert, le plus populaire : la Siq Trail. On paie, puis on va se changer. Maillot, souliers d’eau, et c’est tout. Nos sacs de jour seront gardés derrière la table d’inscription.

Pas de lunettes de soleil, pas de chapeaux? Nop! La belle affaire dans le Siq, c’est qu’il suffit d’avancer de quelques dizaines de mètres pour que le soleil ne puisse plus nous atteindre directement, les parois rocheuses pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de hauteur, séparées par moments d’à peine 2 à 3 mètres. Faire la randonnée en plein milieu de journée est donc tout à fait possible sans risquer la cuisson sur le champ sous un soleil de plomb.

Il aurait été possible d’emporter un appareil photo ou un Iphone dans un sac étanche, mais je me suis dit que je serais déjà bien assez occupée à survivre (un peu de drama, pourquoi pas?) et que gérer ma petite personne relèverait d’une tâche complète.

Siq Trail Wadi Mujib

On y va!

Le parcours débute par la descente d’une échelle métallique. Déjà, les pieds dans l’eau. Le sol est recouvert de roches, plus ou moins grosses, mais qui rendent absolument nécessaires de bonnes semelles. Plusieurs portent leurs chaussures de randonnée, d’autres ont acheté des chaussures sur place – des copies de vans qui ne reviennent pas toutes en un morceau. Pour notre part, on avait acheté avant le départ, spécialement pour l’occasion, des souliers d’eau bas de gamme payés une dizaine de dollars… lesquels ont eu une vie courte et fascinante, et qui n’ont pas terminé le voyage avec nous.

En quelques minutes, le passage rétrécit, au point qu’à certains endroits, l’espace entre les parois se réduit qu’à 2 ou 3 mètres. Le décor impressionne et intimide. Les rochers aux tons d’ocre, rouge et orange semblent pouvoir s’imbriquer. En fait, si le Siq du Wadi Mujib s’est créé sur le même principe que celui de Pétra, il y a de bonnes chances pour que cela soit vrai.

Rapidement, on a de l’eau aux genoux et on avance à contre-courant dans un décor envoûtant. Puis, quelques passages un peu plus techniques arrivent et se succèdent. Des cordes nous indiquent le trajet et nous permettent de se hisser ici et là. Des guides, employés par la réserve, sont postés aux endroits chauds et nous prêtent main forte.

L’eau, par moments, nous arrive à la poitrine – dans mon cas, au cou -, et il m’arrive même de ne plus atteindre le fond avec mes pieds*. Je combat alors le courant qui tente de me faire régresser. Honnêtement, je ne trouve pas cela facile! Je me décourage furtivement à deux reprises. Quelques larmes de découragement et on repart (bien oui, j’allais quand même pas essayer de vous faire croire que j’ai tout fait ça comme une grande, sans chichi, non?). Je dois avouer que sans aide, certains passages m’auraient paru infranchissables. Mais rassurez-vous : tout est relativement bien organisé et tout le monde s’entraide.

*Le niveau d’eau varie selon les saisons. Les parcours aquatiques sont ouverts d’avril à octobre, exception faite du Ramadan, et ferment les lendemains de grandes pluies (qui peuvent entraîner des flash floods). Ainsi, durant certains mois, l’eau n’ira pas plus haut que la taille, alors qu’à d’autres moments, il faudra carrément accepter de ne plus toucher terre quelques instants.

Après un peu plus d’une heure, on atteint la fin du parcours. La récompense : une chute impressionnante* et un petit bassin où se poser un moment, avant de faire demi-tour. Honnêtement, la beauté du trajet se suffit à elle-même; la chute devient le bonus, le petit plus.

*Au moment de notre passage, il était interdit de s’approcher de la chute, mais à certains moments, il est possible de s’y baigner.

Et puis, c’est bien beau tout ça, mais il faut revenir! Le retour est beaucoup plus rapide du fait qu’on suit le courant et qu’on peut, par bouts, se laisser mener, sur le dos, à regarder le ciel défilant tout en haut entre les parois du siq. Les passages qui m’ont donné du fil à retordre à l’aller m’offrent aussi, au retour, un certain défi à relever. Je refuse de le faire, mais, à un endroit, il est possible de se laisser glisser sur la roche pour atterrir dans un bassin et ensuite, filer avec le courant.

Siq Trail Wadi Mujib

Et puis?

Et puis, et puis… Est-ce que je recommande cette excursion? TOTALEMENT. Je m’y suis éclatée, même si je n’ai pas su garder mon sang froid en tout temps. J’ai à ce point apprécié le truc que le lendemain, je n’avais qu’une seule envie : y retourner! Voyager à nouveau en Jordanie, je le referais assurément. Avec une gopro, idéalement.

Mon récit donne peut-être l’impression qu’il s’agit là d’un parcours difficile, mais il est coté facile à modéré, selon les saisons. Personnellement, je peux me ranger du côté modéré, mais je n’adhère pas du tout à la classification facile. Il faut bien sûr un minimum de capacités physiques, mais si j’y suis arrivée – et que de surcroît, ai apprécié la chose -, c’est qu’à peu près tout le monde peut y aller, moyennant un chouia de débrouillardise aquatique et un minimum de forme physique. Mais ça ne se fera pas forcément sans quelques égratignures et de petits instants d’adrénaline!

J’aurais aimé avoir des photos ou des vidéos de cette aventure. Ce sera pour une prochaine fois! En attendant, si vous êtes curieux, Youtube est votre ami. Wild Jordan propose cette vidéo qui donne un aperçu de la chose…


Infos pratiques

La Réserve du Wadi Mujib ne se limite pas au célèbre Siq Trail, et propose 4 randonnées*, dont 3 mouillées  :

  1. L’Ibex Trail (modérée, chemin au sec, en hauteur, comptez 3 à 4 heures, accessible sans guide)
  2. La Siq Trail (modérée, dans l’eau la majorité du temps, comptez 2 à 3 heures, accessible sans guide, 18 ans et +)
  3. La Canyon Trail (modérée à difficile, passages dans l’eau, comptez 3 à 4 heures, guide obligatoire, 18 ans et +)
  4. La Malaqi Trail (difficile, passages dans l’eau, comptez 6 à 7 heures, guide obligatoire, 18 ans et +)

*Cliquez ici pour la description des trajets par Wild Jordan

Coût d’entrée (info de 2018) : 21 JOD (donne accès au Siq Trail sans guide et inclut une veste de sauvetage)

Heures des départs :

  • Siq Trail : n’importe quand, sans réservation, entre 8 h et 15 h
  • Malaqi Travail et Canyon Trail : entre 8 h et 8 h 30
  • Ibex Trail : entre 8 h et 10 h

Ouverture :

  • Certaines randonnées peuvent être fermées selon le temps de l’année.
  • Celles dans l’eau sont généralement ouvertes du 1er avril au 31 octobre*, excepté durant le Ramadan et aux lendemains de grandes pluies
  • L’Ibex Trail est accessible à l’année, hors Ramadan.

*Mais lors de notre passage, mi-avril, seulement la Siq Trail était accessible, étant donné le niveau d’eau élevé.

Accès : Les visiteurs doivent avoir 18 ans et plus pour les parcours mouillés.

Sécurité :

  • Une veste de sauvetage est fournie et son port est obligatoire.
  • Un guide est aussi obligatoire pour la Malaqi et la Canyon Trail.

Prendre ou non un guide pour la Siq Trail?

  • Le guide est obligatoire pour les Malaqi et Canyon Trails.
  • Il n’est pas indispensable de prendre un guide en ce qui concerne la Siq Trail. Cela est encore plus vrai si vous n’êtes pas seul. Il est évidemment impossible de se perdre (vous suivez le canyon) et le trajet à emprunter est généralement assez évident (sauf à un ou deux endroits, mais vous vous débrouillerez). Des employés sont présents aux quelques passages plus complexes pour vous aider.

Quoi emporter?

  • De bonnes chaussures, du moins, de bonnes semelles, sont indispensables. Des souliers d’eau avec semelles épaisses nous ont semblé la meilleure option. Certains ont fait le trajet avec leurs chaussures de randonnée. Dans tous les cas, des semelles présentant une bonne adhérence sont un must.
  • Pour la Siq Trail, vous n’aurez pas nécessairement besoin de chapeau ou de protection particulière contre le soleil, comme la majorité du trajet se fait à l’ombre. Cela n’est pas le cas pour l’Ibex Trail
  • Si vous désirez emporter quelque chose, vous l’aurez compris, ce sera dans un sac étanche.
  • Vous pouvez acheter des chaussures (pas adaptées du tout) pour 10 JOD et louer des sacs étanches sur place (10 JOD aussi).

Pour info : Wild Jordan, Canyoning in Wadi Mujib

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Canyoning dans le Wadi Mujib, Siq Trail, Jordanie

 

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Éparpillée professionnellement, langagière de métier, étudiante à perpète, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Voyages, linguistique et périnatalité teintent mon quotidien.

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