Arrivée de nuit à Kuala Lumpur et premières impressions hésitantes

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Moi et les arrivées… C’est toujours la même chose. Ou presque. Les transitions entre pays, je n’en fais pas une spécialité. Et mes premières impressions en souffrent souvent. Premiers regards sur Kuala Lumpur, teintés de langueur.

C’est toujours la même chose. Ou presque. Le voyage m’a fatiguée, les enfants sont épuisés, on arrive généralement à une heure pas possible. Souvent dans la jeunesse de la nuit, après un vol éreintant, qui a parfois été retardé, une attente au caroussel à bagages, un passage trop long aux douanes, une séance de gossage administratifs aux bureaux de l’immigration, et que sais-je encore. Les enfants se fondent dans un mélange d’excitation, de hâte, d’appréhensions et de fatigue. Essentiellement la même chose pour les parents, l’avant-dernière diminuée, la dernière décuplée.

Quand j’arrive de nuit, vidée, je vois en gris sur fond noir. Les lumières de la ville qui m’émerveilleront le lendemain me semblent glauques. Le trajet en bus qui m’enchantera par la suite me donne le vertige. La musique indienne trop forte qui renforcera bientôt mon envie de découverte m’agresse. Le quartier dont les allures familiales ressortiront au petit matin me semble menaçant. L’appartement loué m’apparaît plus trash qu’en réalité.

La fatigue, l’intensité, la nuit. Un mélange de tout ça. Je l’ai vécu en arrivant en Australie. L’ai expérimenté big time lors de notre arrivée à Taïwan, et en ai esquissé un portrait un peu plus loufoque, quoique pas plus efficace, en mettant les pieds à Bali.

Étonnamment, toutes nos arrivées (3 en 6 mois) en Thaïlande se sont déguisées en banalités. Heureusement, tous nos retours au Canada se passent bien… tous, à part peut-être celui où j’avais l’impression que je ne survivrais pas à la dernière heure de vol, enceinte de 33 SA, au retour de Melbourne. C’est une autre histoire. M’enfin, moi et mes arrivées peu efficaces… Matériel à récit.

Arrivée de nuit à Kuala Lumpur

Le vol Chiang Mai-Kuala Lumpur s’était bien passé, exempt d’attaque de panique (je l’ai déjà dit : j’ai peur en avion). Les enfants avaient écouté des films. On avait dormi. Un peu. Le vol avait été retardé. Beaucoup. Cette arrivée qui devait avoir lieu en fin d’après-midi a finalement abouti un peu avant minuit.

L’autobus qui nous mène au centre-ville est bondé. Musique pop indienne dans le tapis. Pas juste la musique. La clim aussi. Je vois la périphérie de la ville défiler. Des lumières, des grues, des gratte-ciels en construction. J’ai l’impression que Kuala Lumpur n’est qu’un gros chantier inhabité, tout en hauteur, prêt à m’engloutir. Dire qu’il y a deux semaines à peine, j’étais imbibée d’un calme agricole, à Phrao.

On reste en contact avec notre hôte, qui se retrouve à nous attendre beaucoup trop longtemps à notre goût.

Arrivés à la gare du quartier indien, on court à gauche et à droite. Allez, les enfants, je sais que ça vous l’dit pas. Je sais que vous en avez marre. Je sais que vous êtes fatigués. Maman aussi…

Trouve le bon arrêt, apprend que le dernier bus vient tout juste de passer. Trouve un taxi, paye le prix touriste. Arrive à l’appart.

Notre hôte est d’une gentillesse sans nom. L’appartement, quant à lui, nous semble pas mal plus trash que ce à quoi on s’attendait. On s’en fout, on veut dormir. Notre hôte nous explique comment accéder à l’appartement. Il y a cette serrure, puis ce dispositif antivol, puis aussi cette (impostante et massive et intimidante) porte métallique qu’il faut verrouiller ab-so-lu-ment… Sentiment de sécurité : -1.

On a faim. Qu’est-ce qu’il y a dans les alentours où on pourrait trouver de quoi manger vite vite? Bouffe de rue, sandwich de dépanneur, sac de chips, peu importe. Juste de quoi combler une petite fringale de fin de soirée avant d’aller au lit.

Il y a ce dépanneur à deux coins de rues. Mais on nous déconseille (vivement) de nous y rendre avec les enfants. Sentiment de sécurité : -2.

Monsieur s’y rend pendant que m’installe tranquillement avec les enfants. À son retour, il me donne ses impressions sur l’ambiance du quartier (« Je marchais vite. »), puis me raconte qu’à côté de la caisse étaient mis en vente, bien en évidence, des antirape sprays. Sentiment de sécurité : -3.

On se dit qu’on n’y peut trop rien dans l’immédiat. Que ça se peut qu’on se soit que je me sois gourrées sur le quartier, que cette part d’inconnu et d’imprévisibilité qui chamarrent le voyage nous déséquilibre de temps en temps.

Qu’on va verrouiller la serrure, régler le dispositif antivol, puis sécuriser cette imposante et massive et intimidante porte métallique. Qu’on va dormir, voir demain où on en est. Quitte à filer, aller voir ailleurs.

Les voisins sont bruyants. On change les enfants de chambre, histoire qu’ils dorment un peu. On s’ouvre une bière et on rit. On rit de tout ça. On rit de l’endroit où on a échoué. On rit de nos premières impressions négatives. De la précarité du repas déniché au dépanneur du coin. On rit, parce qu’on sait que demain, on découvrira les lieux sous un autre jour. Parce qu’on sait que notre baisse d’énergie y est pour beaucoup. Parce que ce n’est pas la première fois. Et parce qu’on sait que demain, tout sera plus facile…

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Éparpillée professionnellement, langagière de métier, étudiante à perpète, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Voyages, linguistique et périnatalité teintent mon quotidien.

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