Moi et ma tarentule de cuisine

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Mon arrivée semi-efficace à Bali n’avait pas fini de me mettre au défi. Alors que j’avais jusque là été épargnée, il fallait bien, durant ces 6 mois en Asie, que je sois confrontée au moins une fois à ma plus grande peur…

Si vous me suivez depuis longtemps, vous savez que je dispose d’une banque non enviable d’anecdotes impliquant les arachnides. Je fais (ou j’ai longtemps fait) partie de cette belle grande famille à la phobie peu originale. Récit d’une cohabitation avec une tarentule à Bali.

Si vous êtes tout nouveau ici, pour vous mettre en contexte, en gros :

  1. Durant toute mon enfance et mon adolescence (j’ai l’impression de démarrer une séance de psychanalyse…), j’ai entretenu une peur débilitante des araignées  (du genre « attaques de panique »).
  2. En 2009, je déménageais en Australie (hello, la paranoïa).
  3. Je suis ensuite passée de la phobie à la peur (l’Australie est une excellente thérapie).
  4. En 2017, je câlinais une mygale (à jeûn et tout à fait volontairement).

Pour vous faire une idée, au besoin, de mon « cas », je vous invite à aller lire : Une paranoïaque en Australie

Moi et ma tarentule de cuisine

Bali, mai 2016.

En venant en Asie, je savais pertinemment que je risquais de me trouver nez à nez avec une de ces bestioles venues sur terre pour me challenger. C’était écrit dans le ciel, ça ne pouvait en être autrement. Je m’étais convaincue : si j’avais survécu à l’Amérique du Sud et surtout, à l’Australie, j’allais probablement revenir de l’Asie vivante aussi. Pour l’anecdote, même l’Europe ne m’avait pas laissé grand chance (on ne peut pas passer 3 mois dans une tente sans croiser au moins une araignée).

M’enfin, je m’en étais sortie, jusque là, avec un parcours asiatique parfait; les seules araignées encore capable de me faire déraper avaient été servies grillées. La Thaïlande, Taïwan et la Malaisie m’avaient épargnée. Allait-il en être autant de Bali?

Of course not.

Un chouia de paranoïa

La maison louée, située au centre d’un lotissement traditionnel, était aussi bien isolée qu’une cage à poules. La cohabitation avec les fourmis, coquerelles et geckos se déroulait passablement bien, moyennant un chouia de talent en gestion parasitaire et une pincée de lâcher prise. On ne faisait pas dans le 5 étoiles, comme à l’habitude, mais n’avions pas opté pour la boîte en carton de fond de ruelle non plus. Les lieux étaient propres; la maison, solide.

Solide, mais balinaise.

Vous êtes sur Pînterest?arachnophobe à Bali

(Oui, c’est cette maison dans laquelle nous étions arrivés en pleine nuit au son des aboiements, après avoir tenté malgré nous une entrée par effraction dans un temple, pendant que les enfants qui n’en pouvaient plus de ne plus se pouvoir attendaient patiemment.)

Les jours passèrent. Un, puis deux, puis trois. Nous avions trouvé nos aises.

Connexion Internet pourrie, monsieur partait travailler dans un café au coin de la rue. Pas loin le café… En fait, ça m’étonne qu’il n’ait pas entendu mes cris.

Et un soupçon de panique…

Café matinal pas encore ingurgité. N., 5 ans, s’approchant du comptoir de la cuisine… « MAMANNNNNNNN, une, une, une… une GROSSE ARAIGNÉE! »

– Mais non, ma chouette, ce sont des coquerelles. Elles ont peur de toi, mais elles partent vite!

(Les araignées aussi, mais j’ai l’argument sélectif.)

Elle m’assure que c’était une araignée. Grosse. Noire. Poilue. Qui va vite.

Poussée comme par un instinct de protection sans précédent pour mes rejetons et mue par une sorte de dénégation quasi convaincante, j’avance d’un pas décidé dans la cuisine pour montrer que c’est bel et bien une coquerelle.

C’est évidemment là que notre nouvelle coloc pas-tant-coquerelle-que-ça-finalement choisit de repasser à la vitesse de l’éclair sur le comptoir, pour ensuite se diriger juste en dessous.arachnophobe à Bali

La chose était grosse, noire, poilue, et beaucoup trop rapide.

Moi aussi je suis rapide. Un quart de seconde et j’étais debout sur le divan.

J’aimerais vous dire que j’ai gardé mon sang-froid. Que j’ai assuré. Qu’afin de préserver ma progéniture d’une peur irrationnelle artificiellement construite durant la tendre enfance, j’ai fait semblant de rien. Que c’en était fini des sottises, transe-panique et cie, que cette fois-ci, j’ai fait une femme de moi…

Ça fait que j’étais là, fragile, stupidement debout sur ce siège en bois, à crier et à pleurer. Les deux plus jeunes ont suivi la parade. L’aînée se foutait de ma gueule. Profitant de son no stressness, je l’implorai d’aller chercher la femme de ménage qui était à l’étage.

arachnophobe à Bali

Je baragouine 3 mots d’indonésien. Elle en massacre 3 d’anglais. Je me transforme en mime désorganisé. Elle comprend rapidement. Je mime plutôt bien les araignées, il faut dire. Un moyen de survie développé avec le temps, j’imagine. Dans ma tête, mes simagrées sont ultra détaillées : grosseur, poids, vélocité, race, provenance et personnalité, toutes les informations pertinentes avaient été transmises. Elle, ce qu’elle a vu, c’est une touriste qui décompense devant ses kids.

La bataille sous le comptoir

Elle se met à genoux, tasse le petit rideau, déplace un bac, puis un autre, et lâche un « ahh! ». Se retourne, me regarde, fait un signe du genre : « Ça va, je m’en occupe! »

arachnophobe à Bali

Une petite bataille a lieu sous le comptoir. Une course folle version réduite. Un combat inégal sans merci. Je m’en réjouis.

Non sans difficultés, elle attrape la bête avec un mouchoir (UN MOUCHOIR!) et va lancer son cadavre dehors.

J’ai besoin de constater les dégâts, de le voir pour le croire.

« Maman, l’araignée qu’on a vue… elle était pas noire et poilue? »

Got it, ma chérie.

Celle-là, est brune, plus petite et semble imberbe. La coquine avait des copines. L’idée d’un incendie volontaire me traverse l’esprit.

Deuxième session d’échanges semi-fructueux canado-balinais. La dame repart à la chasse. Tasse un bac, tasse l’autre, lâche un « ahh! » affirmé, se retourne et me fait signe  : « Ah oui, je vois! Beaucoup plus grosse. C’est bon, je m’en charge… Eille, fille : tu vas survivre. »

La bataille reprend, plus agitée cette fois-ci. Ça bardasse. Même scénario. Lance le truc dehors. Vais constater les dégâts.

Elle sont combien là-dessous?

C’était pas elle. Ce. N’était. Pas. ENCORE. Elle.

Plus blanche, celle-là. Encore plus grosse. Je meurs un peu.

Mais elles sont combien là-dessous? C’est le grand congrès annuel des arachnides balinaises? Elles font quoi la nuit pendant que je dors?!

Il me reste seulement 2 mois à Bali. Seulement 2 mois…

Troisième tentative de communication, cette fois-ci totalement infructueuse. La dame me fait signe : son travail est terminé, on se revoit dans 3 jours. Good luck with that. J’essuie mes larmes. Je fais l’inventaire des mes options :

  • Accepter le challenge et cohabiter.
  • Mettre le feu à la maison.
  • Me sauver sans regarder derrière.

Les deux dernières options me semblaient un tantinet irresponsables et j’ai une cote positive de « guest Airbnb» à préserver.

Fin et morale de l’histoire

Vous attendez la fin de l’histoire? Ben y’en a pas!

Les jours ont passé. Ma nouvelle coloc est restée tranquille. J’ai évité pécautionneusement la zone autour du comptoir. Ai paranoïé sur tous les petits racoins de cette maison que je n’aimais plus vraiment. Mais j’ai cohabité 4 autres journées. Après coup,je dois avouer que j’en étais plutôt fière. Vu mon historique, c’était un exploit.

arachnophobe à Bali

Mais non, ce n’est pas une tarentule. Mais avouez que ça fait flipper quand on se met à en voir partout!

Anecdote d’araignées à raconter? Aidez-moi à me sentir moins stupide et racontez-moi ça en commentaires!

 

 

 

 

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Éparpillée professionnellement, langagière de métier, étudiante à perpète, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Voyages, linguistique et périnatalité teintent mon quotidien.

3 commentaires

  1. Pingback: 2 mois à Bali : RÉTROSPECTIVE ET ITINÉRAIRE ⋆ La Grande Déroute

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