Ce qu’on va trouver à Phrao, Thaïlande

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La question n’est pas tant de savoir ce qu’on va trouver à Phrao que ce qu’on va y chercher. Avant de m’y rendre, j’avoue ne pas avoir su formuler l’objet de ma recherche. Après une semaine passée à Phrao, j’avoue ne pas savoir formuler l’essence de mes découvertes non plus.

Et pourtant, cette dernière phrase ne devrait pas vous amener à croire que je n’ai pas apprécié mon séjour à Phrao.

Loin de là.

Je regarde nos photos, il y en a peu. Manque d’intéret? Manque de sujets? Pas tout à fait. Je dirais peut-être trop de moment présent? Si « trop vivre le moment présent » puisse exister – je ne le crois pas.

À Phrao, je me suis imbibée de lenteur, de temps qui passe.

Ces champs foulant l’enceinte de la cuisine extérieure, l’unique vache vaillante qui les habitent, ces rues quasi désertes, cette porte qu’on ne verrouille pas.Phrao, Thaïlande

Ce soleil, rouge, qui glisse doucement, soir après soir derrière ces montagnes au fond du décor, baignées par l’air embrouillé de fumée, ce coq qui nous réveille à l’aube chaque matin, ce café qu’on savoure le regard perdu dans l’inaction des lieux…

Phrao, Thaïlande

À Phrao, je me suis laissée imprégner d’humanité. Cette marchande fraises que j’ai visité tous les jours, sans exceptions. Ses fraises n’étaient pas les meilleures, ni les moins chères… Le maïs, les pommes de terre, puis les pommes, les mangues, les concombres et les tomates, tous aussi achetés, jour après jour, auprès des mêmes marchands. Ce voisin qui tente de nous aider par tous les moyens possibles, ce propriétaire du restaurant du coin qui nous salue, engage la conversation, à chaque occasion qui se présente…

 

On fait vite le tour de Phrao. À la marche. Je le sais : je l’ai fait jour après jour. On ne va pas à Phrao pour remplir un agenda et on ne la choisit pas pour sa nightlife. Ce n’est pas non plus à Phrao qu’on coche la moitié de sa bucket list (à moins que votre bucket list ne contienne que deux éléments et qu’un des deux soit « savourer le temps qui passe ». On va à Phrao… au fait, pourquoi va-t-on à Phrao?Phrao, Thaïlande

J’ai bien cherché pourquoi on voudrait bien se rendre à Phrao? Qu’est-ce qui nous y mène? Même la page de Tripadvisor semblait me regarder d’un air désolé : « Désolée, la grande, tu vas devoir t’arranger toute seule… » C’est ce que j’ai fait. C’est ce que je fais la plupart du temps en boudant partialement et partiellement les guides traditionnels.

J’ai fouillé Internet. Pas plus trouvé ce que je pourrais dénicher à Phrao. Un truc sur Travelfish. Pas grand-chose d’autre.

Je me suis dit que c’était ça aussi, voyager. Trouver de l’ordinaire et le partager.  L’observer, y goûter, le renifler. Laisser tomber l’enfilade de must-see-must-do, se moquer du trajet, chérir la normalité, négliger la carte postale.

Parfois, ça donne des journées pleines de vides, mais bourrées de vie.

Phrao, Thaïlande

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Éparpillée professionnellement, langagière de métier, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Périnatalité, linguistique et voyages teintent mon quotidien.

5 commentaires

  1. Waw, c’est la premiere fois que je lis un recit de Thailande ou l’on ne fait… rien… C’est une jolie facon de voyager, une jolie facon de decouvrir un pays et ses habitants, et un bien bel article pour en parler. Quels sont les retours du reste de votre famille sur cette experience?

    • Bonjour Maman-tout-terrain! Ça fait plaisir ce commentaire :)

      Le reste de la famille… hum! En fait, nous voyageons assez souvent comme ça (en ne faisant rien d’extraordinaire et en se réjouissant des petits bouts de vie ordinaires), même dans les endroits où il y a quelque chose à faire, même dans les endroits super touristiques, donc cette semaine-là n’a été que la continuité de quelque chose de déjà bien ancré dans note façon de voyager lentement et simplement. D’autant plus que cela suivait 2 semaines à Buakped où on a eu le temps de trouver le temps long ;)

      Mais d’aller « là où il n’y a pas grand chose » et s’arrêter comme ça, on le fait de temps en temps, ici et là. On vient tout juste de passer une semaine à Yeh Malet (sur Bali), sans moyen de transport.

      Ces moments sont généralement appréciés de toute la famille (je crois que c’est moi qui commence à piétiner en premier en fait, vers la fin). Les enfants sont heureux de se retrouver là, on a l’impression de commencer à s’imprégner dans le décor, on croise toujours les mêmes personnes, on ne regarde pas l’heure, on ne se sent pas contraints à ne rien manquer, à rouler, à bouger rapidement, on prend du temps, bref!

      Dans ce cas-là, les enfants, ce qu’ils retiennent, ce sont :
      -la marchande de fraises
      -notre famille hôte qu’on a été visité chez eux une fois
      -la vache dans le champ derrière
      -la présence d’une salle de jeux dans la maison louée

      On y serait restés un peu plus longtemps si la location avait été plus abordable!

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