Voyager durant la pandémie : entre santé, privilèges, éthique, responsabilités sociales et relance économique

Dans la dernière année, seulement en termes de voyage, ont été rayés d’un trait les Belize, Mexique, Danemark, Suède, Bremerhaven, Amsterdam, Japon, Îles-de-la-Madeleine, San Francisco, alouette, l’arbre est dans ses feuilles, qui trônaient fièrement sur ce tableau noir de la cuisine où les projets à court terme s’accumulent normalement.

C’est plate, mais c’est ça. Copenhagen sera encore là dans 1, 2 ou 3 ans. Le Belize, annulé à l’été 2019 pour cause d’une dissonnante combinaison de mandats excitants et de mortalité infantile, semble encore être « sua mappe ». La dernière fois que j’ai vérifié, les Îles-de-la-Madeleine existaient encore, malgré que je n’y sois pas retournée.

La terre a continué de tourner; le monde, d’exister.

Même s’il avait l’air sur un lendemain d’brosse, le monde.

Et à moins d’un revirement de situation drastique, j’ai bon espoir que la vie se poursuive ailleurs malgré mon absence.

1. Si tu cherches du contenu léger aujourd’hui, je te propose plutôt ÇA.

2. Cet article n’est pas un rant contre celleux qui voyagent en temps en pandémie ni un vecteur d’encouragement à le faire.

3. Ne cherche pas d’opinion polarisée ou de position claire; tu n’en trouveras pas.

4. En toute honnêteté, c’est quand même un peu un rant contre celleux qui le font en banalisant la chose, celleux qui ne se soucient pas de l’empreinte que leurs vagabondages peut laisser sur les populations locales. Covid ou pas, ma pensée reste la même à ce sujet.

5. Même si je tente de faire de mon mieux pour respecter les règles sanitaires (je ne suis pas blanche comme neige; je l’échappe moi aussi de temps en temps) et bien que je comprenne la plupart de leurs tenants et aboutissants (abordés plus souvent qu’espéré à travers mes mandats de révision scientifique), j’aborde aussi comme plusieurs d’entre vous, une posture critique face à certaines mesures mises en place

6. Cet article est plutôt un plaidoyer pour le choix éclairé et la responsabilisation.

7. À l’instar de pas mal tout le monde, je ne possède pas les réponses à toutes ces questions auxquelles font face les gens de l’industrie du voyage, les voyageurs et voyageuses et, entre les deux, les gens dont le gagne-pain est de parcourir le monde et d’écrire sur le sujet.

8. Je suis sensible aux réalités économiques des pays dont le tourisme représente une grande part des recettes. Je suis aussi sensible à la réalité des professionnel.les de l’industrie touristique, de l’aviation, de la restauration, de l’hôtellerie, de la culture, etc. Le voyage et le tourisme font partie de mon paysage personnel et professionnel depuis près de 20 ans; je suis loin de m’en sacrer. 

9. Je ne me positionne pas « pour ou contre » le voyage en temps de pandémie, mais je sonde les limites éthiques entre agrément personnel/bienveillance envers les populations locales/impératifs sanitaires/relance économique/appui au secteur touristique/etc. 

10. Si un commentaire tombe dans le « covid travel shaming », dans la banalisation, la polarisation des opinions sans nuances, dans le manque de bienveillance ou dans une obscure théorie du complot, j’en ferai pas des ulcères, mais ça se peut que je le supprime. Moi aussi, je suis à boutte de la pandémie. Moi aussi, je ressens le « besoin » de voyager. J’ai un peu moins de patience ces temps-ci; je ne me ferai pas chier sur mon propre blogue. 

NDLR : ajouts du 5 janvier 2021, voir encadré plus bas

Le voyage et « l’appât tentaculaire des possibles »

J’ai bien beau faire des blagues sur mon âge que j’assume avec plus ou moins d’aplomb, versant des p’tits bouts de mon cerveau et de mon coeur dans les vases de différentes générations, reste que je suis reconnaissante de vivre cette période avec le bagage offert par près de deux décennies de vagabondages, de ne plus subir l’urgence de ma propre jeunesse devant « l’appât tentaculaire du possible » [1], et ça, je ne le changerais pour rien au monde.

Les années de vie m’ont gentiment fait comprendre que les situations passent; les lieux restent, et, aussi, à quel point l’on peut se conforter dans l’illusion que voyager est un « besoin vital ».

Voyager est un privilège

Manger, dormir, s’hydrater et respirer sont des besoins vitaux. Voyager est un privilège résultant d’autres privilèges liés à notre statut social, à notre situation financière ou professionnelle, à notre nationalité ou à notre état de santé, entre autres choses [2].

Et, bien entendu, pour une majorité, résultat AUSSI de sacrifices, de décisions éclairées, de priorités ciblées, de travail acharné, de choix personnels et professionnels, de détermination.

L’un n’empêche pas l’autre.

M’enfin. Voyager est un fucking privilège que l’on érige souvent en besoin. On pourrait en parler longtemps.

Voyager pour combler un besoin fondamental

Bien que l’activité puisse servir à combler un besoin fondamental, celui d’accomplissement de soi, disons, ou ceux de liberté ou de loisir, d’exploration ou je ne sais quoi– si l’on s’obstine à sautiller d’une échelle à l’autre pour prouver notre point –, reste qu’elle n’en est pas – et ne devrait pas en être? – l’unique issue.

Dans un tel cas, y aurait-il lieu de poser un regard analytique sur une possible inadéquation entre nos « besoins » réels, nos idéaux personnels et la façon dont on en tient compte dans la construction d’une vie à notre image?

Et ici, je sais (je le vis) : la mobilité, l’exploration et le voyage peuvent faire partie de la réponse.

Un seul humain ne peut combler tous nos besoins relationnels, un seul aliment ne peut combler nos besoins nutritionnels, une seule passion ne peut combler l’actualisation de soi, aussi grande soit la place qu’elle occupe dans nos priorités et nos envies impérieuses.

Lâcher-prise et s’occuper les 10 doigts autrement

Et puis, comme il faut parfois se passer temporairement (malheureusement, il arrive que le temporaire s’étire ou se transforme en perpétuité pour certains) de la santé ou de la présence réconfortante de personnes significatives, il peut aussi arriver que l’on doive renoncer, pour un moment, à des passions dont on a l’impression qu’il nous gardent en vie.

Comme voyager, mettons.

Et cette capacité à gérer les événements impromptus de la vie sans les laisser nous embourber – résultat d’un certain lâcher-prise, d’une résilience –, à se retourner sur un 10 cennes, à apprécier ce que l’on a sans envier ce que l’on n’a pas, comprendre la distinction entre nos désirs et nos besoins, ne fait-elle pas partie d’un certain apprentissage de vie que l’on glorifie justement par moments?

Peut-être juste quand ça fait notre affaire, dans l’fond.

Responsabilités et privilèges du voyageur

M’enfin, bien que l’activité puisse être perçue comme un besoin, elle reste un privilège.

Et de ce privilège découle, toujours, sans exception – n’en déplaise à certains –, un impact à la fois positif ET négatif, jamais tout l’un ou tout l’autre, sur les populations et les lieux visités. Sur l’économie, le tissu social, l’environnement…

Voir plus loin que l’esti d’deux mètres

En ces temps pandémiques, je fantasme à l’idée de nous voir penser un peu plus loin que l’esti de deux mètres – sans pour autant l’oublier.

Parce que la gestion d’une pandémie ne se résume pas qu’à se tenir à six pieds des autres et à porter un masque.

Parce que l’absence de certaines restrictions d’entrée ne signifie pas toujours une situation contrôlée à destination.

Parce qu’un test PCR négatif ne garantit rien.

Parce que l’absence d’interdiction n’égale pas l’inexistence de responsabilités personnelles et sociales, n’en déplaise à celleux « qui n’en peuvent plus de la pandémie » et qui sont atteint de l’apparamment incurable « j’ai besoin de voyager, tu comprends pas ».

Au-delà des « craques dans le système »

Parce que voyager éthiquement, intelligemment et sécuritairement (pour soi ou pour les autres, et pour les deux, idéalement) ne se résume pas à passer le tarmac, sourire masqué, test PCR négatif en main.

Parce que le choix de voyager durant une pandémie ne devrait pas se limiter à une recherche exhaustive des « craques dans le système », permettant d’esquiver gaiement une quarantaine[3] ou de se faire croire à des milliers de kilomètres que tout ça n’existe pas parce qu’un gouvernement quelque part a fait sauter des barrières d’entrée pour relancer son économie, parfois au détriment d’une infrastructure de soins de santé locale déjà tenue à bouts de bras et de franges de population durement éprouvées qui n’auront jamais accès à la même qualité de soins que nous[4].

Aucune assurance voyage n’assure les populations locales contre les dommages collatéraux de l’irresponsabilité du voyageur qui se sacre d’un peu de tout ça.

Il arrive quand ce jour où on réfléchira à notre possible impact sur le système de santé d’un pays visité, sur les conséquences possible sur nos proches restés ici [5], sur notre responsabilité face aux populations chez qui l’on s’invite nonchalammant, billets d’avion en main-parce-que-nous-on-peut-se-le-permettre-pis-qu’on-va-faire-full-attention-de-toute-façon?

Ah, et pis ça, c’est valide en tout temps, by the way.

Ah mais, oui, mais toi, mais moi, mais nous… Nous, « c’est pas pareil, on fait attention, nous, on porte notre masque, nous, on respecte nos quarantaines, nous ». Peut-être, mais encore. Croire que tout le monde voyage en s’enroulant tendrement dans l’éthique et la responsabilité est d’une tendre naïveté, réseaux sociaux – mais pas que – à l’appui.

Croire que de suivre « toutes les règles une fois sur place » protège les populations locales à 100 %, c’est cute.

Croire qu’une virée au Costco est plus risquée qu’un vol vers Punta Cana, c’est cornu.

Croire que deux semaines les pieds dans le sable remplace des soins en santé mentale, c’est le boutte.

Relance de l’économie

Je conçois et retiens que le tourisme fait partie de l’équilibre économique de bien des pays, en est même souvent un des piliers. C’est pour cette raison, entre autres, que je ne me positionne pas « contre » le voyage à l’étranger en temps de pandémie. Ce serait trop facile.

Parce que oui, absolument oui, le tourisme fait vivre des gens. Oui, partout, des efforts sont faits pour relancer l’économie et que oui, cette relance passe – en partie – par l’industrie touristique.

Il y a assurément moyen de participer à la relance économique par l’industrie touristique sans oublier nos responsabilités en tant que voyageurs et voyageuses.

C’est d’ailleurs fou quand même à quel point l’on peut se braquer contre certaines mesures strictement économiques et oublier nos réserves quand il s’agit d’aller s’éclater quelque part où notre monnaie vaut cher.

Joindre nos efforts au plan local afin d’espérer voir rouvrir nos entreprises régionales? Meh. Jouer les sauveurs de l’économie touristique de pays de sable blanc et d’eau turquoise, bravant les avertissements des gouvernements et participant au durcissement des règles sanitaires? Ah là, ça me parle beaucoup plus.

Tsé, fait frette au Québec, c’pas l’fun l’hiver. J’ai besoin de soleil, moua.

Relance de l’industrie touristique

L’industrie touristique, à l’instar d’autres industries, travaille fort pour se propulser à nouveau vers un modèle viable et plusieurs initiatives voient le jour pour convaincre le consommateur de s’évader, notamment là où le coup de soleil s’attrape plus vite qu’ici.

Par exemple, la Table ronde canadienne du voyage et du tourisme tente actuellement de «  promouvoir la relance responsable de ce secteur d’activité en accordant la priorité à la sécurité et en respectant les nouveaux règlements ».

L’Association canadienne des agences de voyage (ACTA) « juge également prioritaire de relancer l’industrie en toute sécurité […], mais constate qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire avant d’arriver au but.[6]

Reste que les efforts déployés par les acteurs de l’industrie représentent assurément une voie prometteuse pour une reprise des voyages sur le sens du monde. Certaines initiatives à destination sont aussi porteuses d’intérêt. Je pense au Belize avec son couloir touristique ou la République Dominicaine qui propose jusqu’au 31 décembre à ses arrivants une assurance (de base) Covid-19 ou au Mexique, qui propose des limites territoriales aux touristes (encore faut-il que ces derniers les respectent – c’est pas gagné). [infos valides début décembre 2020]

De plus, il appert de plus en plus que le voyage en avion est très sécuritaire, c’est déjà ça de pris.

D’un autre côté, parmi les pays qui s’en sortent actuellement le mieux, il y a ceux – l’Australie, la Nouvelle-Zélande, entre autres – qui n’y vont pas de main morte et limitent sévèrement les entrées sur leur territoire.

Mais quand la réflexion reste en surface, on fait quoi?

J’affirmais plus tôt ne pas me positionner contre le voyage en temps de pandémie et je crois fermement qu’il y a une façon – peut-être encore tout à fait au point, j’en conviens – de le faire consciencieusement.

Mais reste que j’entretiens un esti de gros certain malaise face au voyageur d’agrément dont la réflexion s’obstine à flotter en surface, se limitant aux entendus jusqu’à écoeurement « j’suis en santé, j’ai même pas peur, j’suis tanné d’la pandémie, c’est pas formellement interdit, je vais faire super attention-promis-maman »…

S’arrêtant à l’absence d’un contrôle à la frontière, s’immisçant entre les craques de systèmes fragilisés, s’évitant habilement des quarantaines pourtant souvent nécessaires pour aller se dérider le ras-le-bol égocentrique les pieds dans l’eau, le cul dans le sable, faisant fi des recommandations des instances locales et sortant des zones dédiées au tourisme comme s’il n’y avait pas de lendemain.

D’autant que celui-là s’adonne aussi parfois à être – joli combo – celui qui fera le moins rouler l’économie locale une fois sur place, voyageant à l’arrache, par ses propres moyens, ne retenant pas les services d’agence de voyage, qui fréquentera peu ou pas les commerces locaux, les hôtels et restaurants, qui aura, tout au plus, injecté quelques dollars dans l’aéroportuaire (à rabais, bien sûr).

Au-delà d’une lassante dichotomie pour ou contre

Comprenez-moi bien. Je glorifie la nuance et exècre les débats polarisés.

Voyager en temps en pandémie? Oui ou non?

La réponse ne peut se trouver dans les extrêmes. Ce serait trop facile, je l’ai déjà dit.

Donc, voyage en temps de pandémie? Peut-être. Mais pas n’importe comment.

Pas sans une réflexion multifacettes dont les gouttelettes devraient être projetées à plus de deux mètres de notre nombril. Plus loin que l’absence de restrictions d’entrée, d’un billet d’avion à rabais et d’un lavage de mains aux 15 minutes, s’il-vous-plaît.

Il y a certainement moyen de combler ce « besoin vital/envie » de voir le monde sans  l’échapper sur la bienveillance envers les populations locales, rarement gagnantes dans l’échange, malgré ce qu’on aimerait bien croire pour nous donner bonne conscience.

Et il existe certainement – je le crois fermement – une façon de voyager intelligemment, éthiquement, sécuritairement durant la pandémie (voyez l’ordre de mon énumération).

NDLR [7 janvier 2021]. Au vu des recommandations actuelles et de l’état des systèmes de santé ici et ailleurs, notamment dans ces pays faisant partie des pays les plus touchés, tristement populaires chez les voyageurs d’agrément ces jours-ci, ma position se veut beaucoup moins nuancée *actuellement* et peut, bien entendu, continuer à évoluer, à se raffermir ou à se détendre selon l’évolution de la situation.

En date d’aujourd’hui, la possibilité de voyager éthiquement et responsablement *actuellement* me semble beaucoup plus mince que lors de la rédaction de la première version de cet article et je crois fermement que la promotion directe ou indirecte (par exemple, en affichant sur les médias sociaux des comportements allant à l’encontre des demandes gouvernementales [i.e. voyager par agrément] et de la Santé publique ou en banalisant ces actes par écrits [comme sur un blogue voyage, mettons]– et cela ne touche pas qu’aux voyages) est à proscrire.

Et pis, toi, Bianca, vas-tu voyager durant la pandémie?

LA question qu’on me pose si souvent. Je suis blogueuse voyage après tout. Habituée des longs séjours à l’étranger, ayant vu plusieurs de mes derniers voyages annulés ou reportés, ayant déjà une liste intéressantes d’aventures à venir, je dois bien avoir l’envie irrépressible de déguerpir au plus sacrant contre vents et marées, non?

Parce que veut veut pas, moi aussi « je suis en santé » et je fais attention. Moi aussi, je ressens le « besoin » de m’évader, moi aussi je suis écoeurée de la pandémie.

Bonus : j’ai même pas peur d’attraper la Covid (je ne le souhaite pas nécessairement non plus, commençant à voir autour de moi des cas loin d’être doux de gens de mon âge et, a priori, en santé). D’autant plus que je fais partie des privilégié.e pouvant se permettre de pratiquer un isolement préventif avant le départ, un auto-isolement à destination et une quatorzaine au retour et que je possède les ressources financières pour le faire.

Tout pour partir aisément en cavale, non?

Bah. J’sais pas. Mon coeur dit oui, mais mon cerveau dit non. Et comme j’ai littéralement la phrase « follow your heart but always take your brain with you » dans la peau, je ne peux m’y soustraire en toute bonne conscience.

Considérant que bien que certains types de voyage semblent rendre possible un voyage sécuritaire, responsable et participatif d’une certaine relance économique du secteur touristique, ceux que je préfère – il faut malheureusement me l’avouer –  impliquent généralement des aspects difficiles à concilier – pour l’instant – avec un quelconque apport pertinent à une relance touristique, et n’ont, surtout, absolument rien d’essentiel.

Considérant que, pour l’instant, certaines des destinations qui ouvrent grand leurs portes aux touristes d’agrément ne sont pas nécessairement tous des endroits où les populations locales et les systèmes de santé publics se portent le mieux actuellement.

Considérant les ressources financières canadiennes nécessaires au contrôle, à la surveillance et à la prévention de la propagation dans les allers et venues des voyageurs.

Pour l’instant, la réponse – MA réponse – est non. J’irai pas surfer dans les Caraïbes; je vais me contenter de notre déprimante deuxième vague.

Je fais déjà le sacrifice de me contenter d’une vie sociale semi-comateuse, de ne pas voir ma famille et la grande majorité de mes ami.e.s, de cheerer up mes enfants qui enchaînent les isolements préventifs, je peux certainement patienter encore un peu pour me dépayser.

Mais ma vie est constituée de portes ouvertes. Rien n’est jamais coulé dans le béton. Ça se peut que je change d’idée, ça se peut qu’une raison ou une autre finisse par me pousser à franchir des frontières. C’est juste que pour l’instant, je n’ai pas l’impression que c’est la meilleure chose à faire. 

Edit janvier 2020 : Ma position est plus ferme qu’en décembre. Considérant la situation actuelle, je refuse absolument tout déplacement d’agrément et limite les déplacements pour affaires pour les prochains mois. On verra bien ce que l’été nous réserve.

Ça fait qu’en attendant que les portes s’ouvrent (et je ne parle pas que de frontières), ben je patiente et m’occupe autrement.

Je « planifie » les prochains voyages, j’observe l’évolution de la situation et je continue de me challenger, de tenter de gratter les différents aspects relatifs à la question…

…même quand ce qu’il en ressort écorche mes envies profondes de liberté et taillade mon naturel fait de mobilité

En attendant, la vie est remplie de petits bonheurs que je n’ai plus besoin d’aller chercher à l’autre bout du monde et ça, eh bien, c’est le voyage, paradoxalement, qui me l’a appris.


Des recommandations pour un tourisme sécuritaire et responsable en temps de pandémie

Reste qu’il existe une multitude de raisons pour voyager, que malgré que les voyages non essentiels sont fortement déconseillés, ils ne sont effectivement pas interdits, et qu’il reste encore les déplacements pour raisons de santé, les réunifications familiales et professionnels urgents, il reste pertinent de voir comment rendre les déplacements essentiels le plus sécuritaire possible pour tous.

Chacun.e trouvera une justification à ses déplacements. La mauvaise raison de l’un.e est la bonne raison de l’autre.  Personne n’a le monopole de la sagesse ni le don de la science infuse et « le gros bon sens », c’est probablement le concept le plus subjectif du l’univers, partculièrement par les temps qui courent.

Mais de grâce, épargnez-moi les « c’est essentiel à ma survie/santé mentale ». Je comprends ce que vous voulez dire. Je pourrais moi-même utiliser ces paroles. Mais entre vous et moi, si votre survie ou votre santé mentale est en péril, consultez d’abord, voyagez après.

Atténuer les impacts négatifs de nos déplacements non essentiels

M’enfin, l’essentiel de ma pensée réside en cela : voyager a toujours un impact sur autrui (positif comme négatif). La pandémie ne fait qu’accentuer le phénomène, en plus d’amener de nouveaux questionnements éthiques de plus en plus abordés tant par les gens de l’industrie que par les voyageurs eux-mêmes.

Mais certaines actions et postures peuvent atténuer les impacts négatifs de nos déplacements en ces temps troubles : tant qu’à voyager en période de pandémie, faisons-le idéalement de façon responsable.

Et plus le temps avance, plus les recommandations se raccordent et se rapprochent d’un quelque-chose dont on peut tracer un vague portrait général résumant les actions souhaitées ou souhaibles à mettre en place, par exemple :

  • Éviter autant que possible les déplacements non essentiels.
  • Tenir compte des recommandations des instances officielles de santé [7].
  • Faire un isolement volontaire à l’allée comme au retour, peu importe les exigences gouvernementales, pas toujours propulsées par l’intérêt du plus grand nombre.
  • Respecter les quarantaines obligatoires jusqu’au bout [8].
  • Limiter les déplacements à destination (il s’agit d’une recommandation partagée par la quasi totalité des destinations).
  • Respecter les limites territoriales des régions ouvertes aux tourismes d’agrément (émises entre autres pour protéger les populations locales plus vulnérables).
  • Avoir un plan B en cas de resserrement impromptu des restrictions une fois sur place.
  • Être pleinement indépendant en cas de non-rapatriement [9].
  • Bien lire les petits caractères des assurances voyage et prévoir le coup (pas tant pour soi que pour nos proches) en conséquences, etc.
  • Ne pas se limiter à l’assurance offerte par la compagnie aérienne.

Réflexion et remise en question

Pour y voir clair (du peu qu’on puisse y voir clair), réflexion et remises en questions sont nécessaires.

Voir plus loin que le bout de son nez, oser se renseigner à différentes sources, voir les multiples facettes de la problématique. Réfléchir aux raisons qui nous poussent à rêver d’ailleurs, à la façon dont on peut bien faire les choses, au pouvoir que l’on a (ou pas) sur la situation.

Remettre en question nos idées préconçues, nos idéaux et nos besoins perçus, se donner le droit de questionner les règles tout en s’ouvrant aux conséquences de deuxième et troisième niveaux que leur transgression peut avoir sur autrui.

Patience, acceptation et bienveillance

Pour finir, je nous souhaite la patience. Celle qui nous servira à franchir les prochains sans trop d’égratignures mentales et qui nous accompagnera jusqu’au retour des jours plus beaux.

Je nous souhaite l’acceptation. Celle qui aide à tourner le négatif en positif, à intégrer le fait que les choses sont différentes, maintenant, pour un bout.

Je nous souhaite la bienveillance. Celle qui accueille les opinions divergentes, qui atteste que les préoccupations de l’un ne sont pas toujours celles de l’autre, qu’on ne vient pas tous du même endroit et qu’on ne va pas tous dans la même direction.


[1] La délicieuse expression ne vient (malheureusement) pas de moi; elle est tirée du livre Allers simples : aventures journalistiques en Post-Soviétie, de Frédérick Lavoie. (retour au texte)

[2] Audrey de Arpenter le chemin en parlait habilement ici : Voyager : chance, efforts ou privilège? (retour au texte)

[3] À l’heure actuelle, la quarantaine est obligatoire est contrôlée par la GRC au Canada. Des appels et des visites au domicile du voyageur ont lieu et les amendes sont salées. À destination, malgré l’absence d’obligation, il faut aussi garder en tête qu’un test négatif et l’absence de symptômes à la sortie de l’aéroport ne signifie pas une impossibilité de tester positif quelques jours plus tard, de là sont issues les recommandations quant à l’isolement volontaire pour les destinations où la quarantaine n’a pas force de loi. (retour au texte)

[4] RAD aborde brièvement, mais intéressamment, la question dans une capsule publiée le 2 décembre 2020. (retour au texte)

[5] C’est l’histoire d’un gars, comprends-tu, qui avait mal lu les petits caractères de son assurance voyage, ce qui a coûté 147 000$ à sa maman. (retour au texte)

[6] Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), « les chances d’être exposés pendant le processus de voyage sont, en fait, relativement faibles à cause de toutes les mesures prises », signe qu’il y a là une ouverture vers le voyage sécuritaire. Toutes les instances de santé s’entendent néanmoins encore pour dire que les voyages devraient se limiter aux déplacements essentiels. (retour au texte)

[7] Selon le CDC (Center for Disease Control), « travelers should avoid all travel to these destinations [de niveau 4]». La quasi totalité des pays sont actuellement de niveau 4. Le gouvernement du Canada recommande « aux citoyens canadiens et aux résidents permanents d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du Canada jusqu’à nouvel ordre afin de limiter la propagation de la COVID-19. » (retour au texte)

[8] Voir #3. (retour au texte)

[9] L’option « rester là jusqu’à temps que ça se calme » ne sied pas à toutes les situations et n’est pas possible dans toutes les destinations. (retour au texte)


Lectures pertinentes :

 

Voyager durant la Covid

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Éparpillée professionnelle, langagière de métier, étudiante à perpète, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Voyages, linguistique, tourisme brassicole et musique teintent mon quotidien.

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