Les mots du voyage : voyage au long cours

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Dit-on « voyage au long cours » ou « voyage au long court »? D’où vient l’expression?


Derrière chaque mot il y a, cachés, une histoire, des nuances, un contexte. Cette série à saveur linguistique se veut sans prétention. À lire avec amusement et légèreté*. Le métier de réviseure linguistique mène souvent à des recherches documentaires intéressantes et l’envie de me pencher sur les mots du voyage n’est tributaire que de mon amour pour la langue et pour les voyages (et d’un peu de temps libre entre deux mandats).

*Bien que sois langagière de métier et qu’un de mes passe-temps soit d’user les bancs du département des langues, traduction et linguistique d’une certaine faculté des lettres, je ne suis pas linguiste (j’ai bien des croûtes à manger d’ici là!). Il ne suffit pas d’un diplôme de premier cycle universitaire et un joli amour pour la linguistique pour être linguiste. 

Voyage au long court ou voyage au long cours?

Commençons par régler un truc : son orthographe. On le voit écrit de deux façons :

  1. Voyage au long cours
  2. Voyage au long court

Alors, réglons une chose une fois pour toute : quelle orthographe est la bonne?

C’est cours, pas compliqué.

D’où vient l’expression « au long cours »?

Il n’est pas question ici de se questionner la signification populaire de l’expression : un voyage devient un voyage au long cours après combien de temps? Y a-t-il des caractéristiques, outre la durée, qui sont nécessaires pour qu’un voyage puisse être qualifié ainsi? Nous ferions probablement face à de multiples définitions.

Ici, on reste dans le domaine linguistique, pour le fun. Parce qu’un moment donné, on ne s’en sortirait plus!

La locution « long cours » provient du domaine de la marine marchande. Les références au « voyage au long cours » représentent une « très longue traversée ». D’ailleurs, l’antonyme proposé pour la locution est cabotage : « navigation marchande à faible distance des côtes ». Plusieurs dictionnaires attestent son existence avec des définitions toutes plus ou moins dans les mêmes eaux (le jeu de mot cheap, #sorrynotsorry) :

  • « En termes de Marine, Voyage au long cours, Grand voyage sur mer, longue traversée, par opposition à Cabotage [i]. »
  • « Voyage au long cours, comportant une longue traversée [ii]. »
  • « MARINE – Très longue traversée [iii]. »
  • « Terme de marine. Voyage de long cours, par opposition au cabotage qui se fait sans presque quitter la côte, tandis qu’on s’en éloigne tous les jours dans le voyage de long cours [iv]. »
  • « Longue traversée [v]. »

La locution « voyage au long cours » renvoit donc, globalement et dans un sens premier, à une très longue traversée et réfère au domaine de la marine.

Si on s’arrête là, voyager au long cours, à l’image du long-courrier, renverrait plus à l’idée du déplacement qu’à celle du temps passé sur place. Un voyage pourrait-il être au long cours si le temps passé sur place s’avère de longue durée, mais que le déplacement pour s’y rendre est relativement court? Un voyage au long cours peut-il être réalisé  autrement qu’en bateau? On jase là.

De la marine à la distance

L’expression semble avoir été mise au jour en 1861 dans la Grande Ordonnance de la marine de Colbert. À cette époque, les voyages au long cours étaient ceux effectués à partir de la France vers le Canada, la Moscovie, le Groenland, etc.

Cette définition évoluera au XIXe siècle et les voyages au long cours impliqueront désormais les voyages effectués dans une zone délimitée; tout ce qui n’en fait pas partie sera considéré comme du cabotage. À cette époque, on parlera même « petit long cours » (qui se limite à l’Atlantique) et de « grand long cours ».

En 1854, le voyage au long cours est défini par la loi française comme un voyage allant, à partir de la France,  au-delà de la latitude 30 vers le sud, de la longitude 15 vers l’ouest, de la longitude 44 vers l’est par rapport au méridien de Paris [vi]. C’est assez précis.

En 1960, le dictionnaire Le Robert atteste la locution « au long cours » :

voyage long cours

Capture d’écran Le Petit Robert, sous « cours »

De nos jours, c’est plutôt l’expression « long-courrier » qui sert à désigner les longs déplacements, particulièrement en avion.


Pour aller plus loin…

→ Comme je le disais plus tôt, je m’en tiens ici strictement qu’à l’aspect linguistique. Mais si vous avez envie de pousser la réflexion sur le voyage au long cours, je vous invite à aller lire l’excellent billet de Un sac sur le dos : Voyage au long cours VS citytrip

→ Pour des conseils de voyageurs expérimentés sur le voyage au long cours, allez faire un tour du côté du blogue de Globetrekkeuse : Voyage au long cours : conseils et expériences de 10 blogueurs voyage

→ Envie d’explorer d’autres mots du voyage? Allez faire un tour par là : Les mots du voyage : Barouder, baroudeur

Références

[i] Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935
[ii] Dictionnaire USITO, sous « cours »
[iii] Dictionnaire intégré d’Antidote 8, sous « cours »
[iv] Littré, sous « cours »
[v] Le Petit Robert en ligne, sous « cours »
[vi] Serge Daget, La répression de la traite des Noirs au XIXe siècle, éditions Karthala, 1997, p. 96

 

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Éparpillée professionnellement, langagière de métier, étudiante à perpète, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Voyages, linguistique et périnatalité teintent mon quotidien.

2 commentaires

    • Coucou Amandine!

      Merci pour ton petit mot et s’il y a des expressions que vous aimeriez mieux connaître, faites-moi signe ;)

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