Une arachnophobe en Australie

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L’arachnophobie, terme connu de tous, représente une peur des araignées. Pas une petite peur. Une peur un peu abusive, limite ridicule parfois. Une peur parfois paralysante, qui peut influencer les décisions d’une personne qui en souffre. On ne parle pas ici d’un simple dégoût, aussi important soit-il. On parle ici d’une peur panique, irrationnelle, invalidante à la limite.

Être arachnophobe en Australie

Quand t’es arachnophobe, ton comportement peut à l’occasion friser le ridicule. Et tu le sais. Mais tu n’y peux rien (du moins, sur le moment) et tu t’emballes stupidement à la vue d’une araignée, qu’elle soit sur toi ou à des kilomètres, de la grosseur d’un orang-outan ou d’un globule blanc, rien à faire : elle existe et c’est déjà suffisant pour que ton esprit s’emballe, ton corps réagisse. Ton amygdale te joue des tours et enclenche sur le champ un réflexe de fuite. Les catécholamines font pomper ton coeur, augmenter ta pression, activer tes jambes, tes bras, te rendent prêt à fuir à toute allure pour ta survie. Parce que c’est d’une araignée dont on parle. L’ennemi a huit pattes et c’est bien pire que n’importe quelle autre menace, réelle ou imaginaire.

C’est plus qu’un dégoût

L’arachnophobie, c’est plus que de trouver une araignée repoussante et ne pas avoir envie de fraterniser. L’arachnophobie, c’est perdre en tout ou en partie ses moyens face à un insecte ordinaire, et bien souvent inoffensif.

Quand t’es arachnophobe, tu peux rester des heures dans une pièce parce que tu y as vu une araignée. Et si tu sortais et qu’à ton retour, tu ne puisse plus savoir où elle est rendue? Non, c’en est trop. Tu reste là, comme ça t’auras un oeil sur elle. Envie de pipi? Pff! Tu contiendras jusqu’à ton dernier souffle… ou jusqu’à ce que ton homme revienne du travail et qu’il écrapou la méchante bébêtte.

Quand t’es arachnophobe, marcher dans un champ, descendre au sous-sol, dormir au chalet, enlever tes sandales à l’extérieur, dormir à la belle étoile, ou même dans une tente, t’asseoir à une table de pique-nique sont autant d’activités qui peuvent te mettre dans un état d’hypervigileance, limite anxiogiène. Tu n’y peux rien, il y a cette petite pensée. « Ici, plus qu’ailleurs, je POURRAIS croiser une araignée. »

Quand t’es arachnophobe et que par quelque malheur indescriptible que ce soit, une araignée t’arrive dessus, tu te rends compte que t’es plus en forme que tu ne le pensais. Tu entres dans une espèce de transe que tout utilisateur d’hallucinogène pourrait envier, et tu exécutes une danse frénétiquement désordonnée qui impressionnerait n’importe quel exorciste.

Et ça ne s’arrête pas une fois l’araignée expulsée de ton espace vital. Que nenni! Chaque fil débordant d’un vêtement, chaque cheveu mal placé est un nouveau prétexte pour voir ressurgir de douloureux souvenirs de cette expérience traumatisante et te renvoyer de plus belle à la valse-panique.

Quand t’es arachnophobe, tu agis parfois d’une façon complètement juvénile devant un organisme vivant, ordinaire, la plupart du temps minuscule et la majorité du temps inoffensif. Tu le sais. Tu es consciente de ton over-réaction. Mais tu n’y peux rien. Ton amygdale s’enflamme (pas celle dans le cou, s’entend) et te contrôle. Au diable pensée critique et analyse des faits, bonjour émotions incontrôlables et réactions démesurées!

Quand t’es arachnophobe, tu sais pertinemment qu’une araignée, c’est plus petit que toi. (Le prochain qui me sort que les p’tites bibittes mangent pas les grosses, j’vous jure…) C’est petit, c’est inoffensif, c’est juste, à tes yeux, très laid. Terriblement laid. Poil ou pas. Ça a huit pattes, trop de yeux; c’est immonde.

Quand t’es arachnophobe, tu paniques à la vue d’une possible araignée. Ah non, finalement, c’est une fourmi. La vie peut reprendre son cour.

Quand t’es arachnophobe, tu tournes les pages du joli livre sur les insectes que t’as acheté à ton enfant avec précaution. Tu prends bien soin de ne pas toucher la photo de l’araignée.

En fait juste regarder la photo peut contribuer à l’augmentation de ta fréquence cardiaque, désordonner ta respiration, créer un malaise intérieur brutalement désagréable. Tiens, essaie donc, pour voir :

spider

Ta difficulté à la regarder est possiblement proportionnelle aux dimensions de l’image…

spider

Tu réussis à déposer ta main juste à côté?

spider

Quand t’es arachnophobe, la semelle d’une botte à cap d’acier n’est jamais assez épaisse pour écraser une araignée de la grosseur d’une coccinelle.

L’arachnophobie, elle se vit de différentes façons et se distingue de la simple peur par cela : elle peut carrément te compliquer la vie. Certains s’empêcheront de vivre certaines expériences à cause d’elle. On dit, de plus, que c’est une des phobies les plus courantes.

Être arachnophobe et voyager en Australie

L’Australie n’est pas réputée que pour ses barbies (BBQ), surfers, nemo et cie. Elle représente aussi un superbe concentré d’animaux disproportionnés. C’est le seul continent qui héberge un plus grand nombre de serpents venimeux que de leurs congénères non-venimeux. Le crododile d’eau salée peut atteindre 7 mètres et est réputé être un des plus dangereux au monde. Il existe en Australie une espèce de verre de terre géant pouvant atteindre près d’un mètre. Un MÈTRE. Et tout ça sans compter les boxed-jellyfish, irukanji, et autres méduses pas fines. Du côté des araignées, vous vous en doutez, on est aussi bien servi, avec plus de 135 espèces suffisamment représentées pour mériter une dénomination.

Tout ça, cette peur-panique débilitante, est pour moi insoutenable. C’est abrutissant, paralysant. C’est frustrant, gênant, décourageant. J’en ai eu rapidement marre. J’ai fait des efforts. Je me suis améliorée, mais pas assez pour dire que c’était chose du passé.

J’avais jadis un python royal comme animal de compagnie. Je n’ai peur ni des hauteurs, ni des endroits restreints, ni des foules, ni des grands espaces. Je n’ai pas peur de me retrouver dans un pays éloigné où je ne comprends pas la langue, j’ai voyagé en auto-stop durant des mois. Je suis capable de tout plaquer pour partir à l’aventure, le changement ne me fait pas peur, pas plus que l’inconnu. Et pourtant, cette foutue peur, celle des araignées, est restée.

Alors voilà : Moi, Bianca, je suis arachnophobe.

Du moins, je l’étais…

  • Je me suis déjà empêchée de faire des choses par peur de croiser une de ces bestioles.
  • Je n’ai jamais réussi à dormir à la belle étoile.
  • J’inspecte minutieusement chaque recoin d’une table de pique-nique avant de m’y installer.
  • J’ai déjà dormi 3 semaines sur le canapé parce que j’avais perdu la trace d’une araignée dans ma chambre (j’aurais pas dû aller faire pipi).
  • J’ai déjà attendu à l’extérieur de la maison que ma mère revienne du travail pour qu’elle puisse anéantir l’araignée qui m’était apparue, descendant gracieusement de son long fil, du plafond jusqu’à la hauteur de mes yeux, devant la porte de la maison.
  • Je suis déjà restée une heure à attendre à l’intérieur de la tente que mon homme revienne pour tuer celle qui s’était posté près de l’ouverture. En plus, j’avais envie de pipi.
  • J’ai ressenti un léger malaise juste à insérer les trois images ci-haut, aussi stupide cela puisse paraître. Un malaise proportionnel aux dimensions de l’image…
  • Et oui, j’ai déjà éclaté en sanglots parce qu’une araignée est tombée du plafond… pour atterir dans ma brassière. À l’âge adulte. Devant mes amis… et mes enfants…
  • Surtout, surtout, oui, j’ai déjà affirmé haut et fort que je n’irais JAMAIS au grand jamais en Australie.

Il ne faut jamais dire jamais…

Et croyez-moi, 11 mois en Australie représentent une excellente thérapie.

À suivre…

Épingle cet article pour plus tard!
arachnophobe en Australie

(Non mais, dîtes-moi que je ne suis pas seule à faire ces folies-là! Des arachnophobes dans la salle?)

Pour lire sur mon arrivée aux saveurs de paranoïa en Australie, c’est par là : Une paranoïaque-arachnophobe en Australie

 

About Author

Éparpillée professionnellement, langagière de métier, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Périnatalité, linguistique et voyages teintent mon quotidien.

15 commentaires

  1. Pingback: Une paranoïaque en Australie

  2. Pingback: La phobie est une peur spécifique - Allaitement | Informer. Partager. Normaliser. | SeinplementPourMoi.ca

  3. Après les alcooliques anonymes, on devrait inventer les arachnophobes anonymes!! Je me présente donc Amandine, 22 ans bientôt , ayant récemment hérité d’un logement étudiant avec colocataires a huit pattes. Quatres en une nuit près des fenêtres et portes sans compter celles du couloirs , du cellier ou de la verranda bien sûr , j’ai pleuré …MAIS j’essaye d’aller de l’avant, je ne vais pas les laisser me gâcher ce 21m2 tout équipé et vraiment joli et bien situé. En revanche l’Australie????!!! JAMAAISSSS!!!!!!

    • Hahaha! Bonjour Amandine, et merci pour ce témoignage: ça fait du bien de ne pas se sentir seule ;)

      Sérieusement, l’Australie, on s’y fait… même qu’au retour, on est un peu plus conciliant avec elles (les horreurs à huit pattes). Vraiment, c’est une excellente thérapie!

      L’idée des A.P.A. (Arachnophobes Paranoïaques Anonymes) n’est pas bête du tout… On met ça sur pied? :P

  4. Pingback: Suggestion lecture: Le voyage pour les filles qui ont peur de tout

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  6. J’ai lu l’article sur mon smartphone…
    Je suis aussi arachnophobe, et j’ai du faire défiler les photos d’araignée en les faisant glisser avec le pouce ! Le cadre de mon smartphone permet d’afficher à peu près une photo à la fois… et sur la photo l’araignée devenait de plus en plus grosse au fur et à mesure que je descendais, gloups.

    Autant dire que j’ai sauté cette portion de l’article.

    Pour ma part je suis un homme (hé oui !), avec une angoisse maladive des grosses araignées (typiquement les tégénaires). Je vis à Paris, au 9ème étage, donc je ne fais pas trop de rencontre hormis en septembre/octobre lorsque les mâles vagabondent pour trouver des femelles avec qui s’accoupler. Je ne m’imagine pas du tout vivre à la campagne où elles sont omni présentes.
    Donc quand ma copine me parle de faire un voyage en Australie… j’angoisse ! Il faut dire que j’ai eu beaucoup de témoignages d’amis qui y relatent des rencontres angoissantes avec de gros specimens.
    Peut être que ton futur article me fera changer d’avis ?

    Julien

    • Bonjour Julien et merci de me faire sentir moins seule ;)

      Comme je le laisse entendre en fin d’article, l’Australie est une excellente thérapie. Il y a donc de l’espoir.

      Je parle de mes habitudes paranoïaques ici: http://lagrandederoute.com/une-paranoiaque-arachnophobe-en-australie/

      Et de ma première rencontre avec une veuve noire ici: http://lagrandederoute.com/les-premieres-fois-ma-premiere-redback/

      Honnêtement, l’Australie m’a carrément beaucoup aidée. J’y ai rencontré d’énormes spécimens. Je suis beaucoup moins intense depuis cette année en sol australien (quoique j’ai des petites rechutes…). On relativise nos araignées canadiennes ou européennes après. Je laisse même vivre les araignées qui ont élu domicile dans mon sous-sol. Là, je prépare un voyage en Asie et je suis un peu plus zen qu’avant ce départ en Australie… quoique ça risque de laisser place à quelques mésaventures, j’en suis certaine!

      Et l’Australie, c’est tellement génial qu’il ne faudrait pas s’en priver pour quelques horribles bestioles. Mon avis ;)

  7. Pingback: Outback australien: Queues de kangourou, OVNI et devils marbles

  8. Pingback: Traversée du continent australien: Coober Pedy

  9. Pingback: Dorloter une branche vivante au Siam Insect Zoo

  10. Merci beaucoup pour cet article, que je n’ai malheureusement pas pu terminer à la vue des photos …
    Et oui, comme tu le dis c’est ridicule et on le sait ! Globe trotteur passionné je n’ai pas encore été en Australie mais depuis toujours je me pose cette question : « refuserai-je ce voyage à cause des araignées ? ». J’irai prochainement en Asie et en Amérique du sud, ce sera déjà l’occasion d’affronter ma peur.
    Longue vie à ton blog !

    • Bonjour Mael et bienvenue sur le blog!

      Tu risques d’être servi en Asie et en Amérique du Sud. Souvent moins « dangereuses », mais poilues et imposantes, les araignées de ces régions demandent, elles aussi, on bon contrôle de soi pour quiconque qui, comme nous, n’y arrivent juste pas :P

      Je n’ai pas encore écrit sur ma tarentule de cuisine avec laquelle j’ai dû cohabiter durant 4 jours à Bali ;) À suivre!

  11. Pingback: L'arachnophobe et la veuve noire

  12. Pingback: D'arachnophobe à calineuse de mygales : surmonter la peur des araignées

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