Rêver de voyages quand la santé prend des vacances

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Ça fait maintenant 3 semaines, presque 4, que je n’ai pas écris sur le blog. Ni ailleurs. La santé m’a fuit, temporairement. Oh! Rien de grave. Rien qui puisse hypothéquer mes rêves d’avenir. Rien d’incurable, rien de permanent. Juste un mauvais moment à passer. Tellement pas grave que je suis même un peu honteuse de vous voler ce temps de lecture.

Clouée au lit, je rêve de voyages…

Je l’ai, la santé, dans ma vie en général. Elle est juste partie faire une petite pause. Elle doit être partie dans le sud avec la marmotte, la v’limeuse! L’hiver québécois semble vouloir faire le tour du calendrier cette année. Je la comprends. Comme si elle me disait: «Écoute, moi être toi, je resterais bien au chaud, en pyjama, devant le foyer, jusqu’à ce que le thermomètre affiche du positif». Mais bon, approchant dangereusement les 4 semaines d’arrêt maladie, je me permets, un peu, aujourd’hui, d’exprimer mon ressenti. Parce que je n’ai pas mieux à faire, parce que j’ai envie de « sortir » le méchant, comme on dit.

Il n’y a certainement pas de « bons moments » pour faire une mononucléose, mais il y a certainement de « meilleurs moments » (durant l’enfance, le virus passe souvent inaperçu). Même si entre 75 et 90% de la population adulte a déjà été en contact avec le virus Eppstein-Barr, j’ai attrapé cette saloperie. Pas grave, juste déplaisant.

À 31 ans, 3 enfants, travailleuse autonome, en pleine session universitaire, à la veille du départ de l’homme pour un voyage d’affaires, une mono, ça oblige à dégainer le système D. Quand on a su que c’était bien ça et que j’en aurais pour un petit moment à avoir le dynamisme d’une larve, il a fallu s’organiser à la vitesse grand V. En moins de quelques heures, un plan de match fut établi et l’homme quittait Québec pour se rendre à Amos (vite comme ça, pour ceux qui ne visualisent pas trop, c’est 824 km), où il allait laisser les enfants chez des membres de la famille, pour repartir, le soir même, vers Boston (on visualise encore: 1083 km).

Je vous passe l’épisode des mauvaises conditions routières hivernales du nord québécois, du bris mécanique en pleine réserve faunique (Parc de la Vérandrye) sans téléphone portable, du remorquage, alouette. De mon côté. je me rendais dès le lendemain chez ma mère, où j’allais passer une semaine à ramper du lit au canapé et du canapé au lit et à combler mes instants d’éveil d’émissions populaires.

Cette facilité à «se retourner sur un trente sous», je la dois, en partie, aux voyages.

Les deux premières semaines, je n’étais que l’ombre de moi-même. Suffisait d’éteindre les lumières pour que je disparaisse. Puis, les douleurs se sont estompées pour ne laisser que la fatigue. Cette fatigue physique, certes, mais aussi mentale, intellectuelle, émotionnelle. J’ai d’abord utilisé les rares heures d’intelligence que mon cerveau m’octroyait chaque jour pour régler des trucs basiques: trouver une remplaçante qui prendait ma relève pour les contrats des prochaines semaines (parce que quand on est travailleur autonome, on ne peut pas appeler son patron et lui dire qu’on ne pourra pas rentrer, faut assurer), contacter chacun de mes professeurs pour voir s’il était possible de sauver cette session et de quelle façon, aviser l’école de la grande, la garderie des petits…

Plus mon cerveau reprenait du service, plus je délaissais les émissions du type Décore ta vie pour des reportages et émissions d’information. Il y avait celui sur la lutte des kurdes contre l’EI, puis un autre sur le procédé de fabrication du sucre granulé. Puis, j’ai fais la gaffe de passer aux reportages se déroulant à l’étranger. Celui, en trois parties, de Découverte, sur la Grande Barrière de Corail. Puis, l’autre sur les îles méconnues des Philippines. Un autre sur le Laos, puis sur le Cameroun. Toutes ces couleurs contrastaient avec mon teint grisâtre.

Les chaînes-voyage m’ont achevée: alors que tout un monde progressait dehors, moi, je jouais les touristes dans un 4 pièces meublé à une centaine de kilomètres de chez nous.

J’ai toujours soutenu, et je le soutiens encore, qu’il faut en profiter pendant qu’on est santé. C’est d’une platitude et d’une généralité à faire rouler des yeux quiconque a déjà philosophé dans son salon début vingtaine. Mais le fond reste. Passer sa vie à remettre à plus tard (après les enfants, après la maison, après la voiture, après ci, après ça), c’est risquer de passer sa vie à préparer un futur dont on ne profitera peut-être pas. Autant je prône la patience (le je veux tout, tout de suite ne trouve plus écho chez moi), autant l’établissement de priorités dans la vie devrait, à mon sens, être réalisé avec le plus grand des sérieux. Et quand on est au ralenti, voire arrêté, c’est le genre de question qui peut se mettre à tourbillonner dans une tête qui ne sait plus à quel saint se vouer.

Là, vous vous dîtes: « Non mais, ça va, elle est intense cette fille ». Je sais. Pardonnez-moi. J’ai « juste ça à faire » réfléchir ces temps-ci. Tant qu’à être rendue là, aussi bien poursuivre, non?

Ce court épisode d’invalidité me pousse à raffiner ma pensée, considérer, voire réaffirmer mes objectifs.

Alors que j’arrivais à peine à parcourir 5 mètres sans voir les murs valser, je me rendais bien compte qu’il me serait impossible, à ce moment précis de ma vie, de franchir des kilomètres et découvrir un ailleurs rempli de promesses. Ça va, ça va. Cet état est temporaire. Mais il est assez « intense » pour bien me rappeler la chance (ce n’est pas réellement le mot chance que je recherche, mais mon cerveau-jello n’arrive pas à trouver mieux. Des idées?) que j’ai de pouvoir réaliser mes rêves, de ne pas être limitée, autrement que maintenant, par un état de santé précaire, instable, difficile.

Tout pour raviver mes désirs de poursuivre la préparation de notre prochain périple. Alors que j’arrive de peine et de misère à me rendre au coin de la rue, je repense à ces milliers de kilomètres avalés dans les 12 dernières années. Pendant que la préparation du repas de ce soir me décourage, je repense à toutes ces bouffes de rues attrapés ici et là, autour du globe (et je me dis: « ah tiens, ce serait vachement pratique pour ce soir, ça! »). C’est quand j’ai le même niveau d’énergie qu’une patte de chaise, que je repense à ce cours de plongée en Australie, cette randonnée en Nouvelle-Zélande, au mont Cook, à la montée des dunes de sable au Pérou, à Huacachina. Ahhhhhhhh!

Tant qu’à glisser vers la nostalgie et le regret des jours meilleurs, aussi bien transformer le moment en exercice de positivisme. J’ouvre alors mes vieux albums, mes vieux carnets de route. Comme ça, clouée au lit, je me mets à bourlinguer. Je profite du moment pour me rappeler de bons souvenirs, mais aussi, pour me remémorer les moins bons.

Parce que le voyage, dans tout ce qu’il a de merveilleux, amène lui aussi, son petit lot de difficultés auxquelles il faut faire face. Parce que qu’être à l’autre bout du monde n’empêche pas les mésaventures. Et que de ces mésaventures, plus souvent qu’autrement, on en ressort grandi. En contexte de voyage, on en vient même assez souvent à les qualifier de formatrices. On en rit après coup, puis on se dit que c’était « presque une bonne chose, au final ». J’aime appliquer ces idées à ma vie entière.

Voyage ou pas, une difficulté – si on prend la peine de creuser – peut se révéler positive.

D’une part, je m’arrête un instant (vous allez me dire que je suis arrêtée de force, c’est vrai. Mais tant qu’à être arretée, aussi bien rentabiliser ce temps) pour poser un regard satisfait sur toutes ces expériences que la vie m’a permise de vivre jusqu’à maintenant. Toutes ces expériences que JE me suis permise de vivre jusqu’à maintenant. Ces expériences qui font de moi ce que je suis aujourd’hui. Je profite de ce temps d’arrêt, involontaire, mais nécessaire, pour exprimer toute la gratitude que j’ai face à cette vie qui est la mienne, cette vie que je forge au gré de mes valeurs, de mes désirs. Cette vie qui me satisfait pleinement. À plus petite échelle, je regarde toutes ces photos de voyage. Je me revois plus jeune et je constate tout le chemin parcouru, au sens propre comme au sens figuré.

D’autre part, j’utilise ce temps d’arrêt pour réaffirmer mes priorités, me remettre en tête ce qui me rend heureuse et les moyens que je prends pour y arriver. Pour rêvasser sur mes prochains projets de voyage, mais aussi professionnels, et finir par me dire qu’il n’y a aucune raison pour ne pas y arriver. Regarde! Le passé le démontre bien. Ce temps d’arrêt me permet de le constater. Je finis presque par me dire que cette mono « c’est presque une bonne chose, au final ».

 

About Author

Éparpillée professionnellement, langagière de métier, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Périnatalité, linguistique et voyages teintent mon quotidien.

4 commentaires

  1. Hello,
    Vas-tu mieux depuis ?
    Je partage tout à fait : « il faut profiter tant qu’on est en bonne santé » Cela n’a l’air de rien comme ça mais le jour où tu ne l’as plus la santé, tu comprends… Je suis moi-même actuellement immobilisée par une fracture à la clavicule depuis 9 semaines et l’inactivité me pèse, j’ai été patiente mais là, avec le retour des beaux jours, je sature !

  2. Bonjour Nath et bienvenue sur le blog!

    Je vais mieux depuis, pas encore au top de ma forme, je dois faire attention à ne pas trop en faire, mais c’est beaucoup mieux. Merci de demander!

    Une fracture à la clavicule: jamais vécu, mais j’ose imaginer la douleur qui vient avec ça ! :/ En pause depuis 9 semaines… on est pas mal sur le même rythme toi et moi. J’espère que ça guérira bien et que ça ne laissera pas de séquelles.

    C’est à ce moment qu’il faut profiter de ces petites choses de la vie qui créent le bonheur et continuer à être patientes! Je t’envoie des ondes de guérison!

    Merci pour ton commentaire et au plaisir!

    • bonjour
      je découvre l’excellent blog, les réflexions, et te souhaite le meilleurs… 2 ans après ce post.
      ça fait écho. Papa de 2 enfants, ma compagne « en pause maladie », 2 jobs, la maisonnée (faite moi même), accompagnateur montagne qui n’a pas trop le temps de se balader, je médite fréquemment sur mon année québecoise, mon tour d’Asie, les périples passés et l’envie d’en découdre à nouveau.. en famille. Mais c’est encore une partie remise : patience, car la santé, c’est la base , et puis quelle misère d’avoir de l’argent et pas de temps (des contrats de travail indéterminés, mais un temps partiel choisi), je n’aurais pas le droit de me plaindre, tout ça au pieds des Pyrénées (petit paradis). C’est à se demander si ça se soigne, de vouloir partir quand tout va plutôt bien, comme un besoin de mieux apprécier le retour. Il y a enfin cette envie que les enfants apprennent autrement. Voir « être et devenir » (being and becoming » de clara Bellar). à un de ces jours ici ou ailleurs

      • Merci pour votre commentaire et bienvenue sur le blog!

        Effectivement, la santé est la base d’à peu près tout. Je souhaite que votre compagne la retrouve rapidement, prenne du mieux. En attendant, peut-être aller voir du côté du tourisme local? Redécouvrir son quartier, son petit coin de pays, autrement, avec d’autres yeux – et des yeux d’enfants en plus, ça vaut tout l’or du monde -, nous réserve parfois de bien belles surprises.

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