À l’aube du retour : Réflexions sur le retour, la vie, tout ça…

8
J’aurais voulu écrire ce texte plus tôt, mais j’ai toujours trouvé mieux à faire. Pas très difficile de trouver mieux à faire quand on est à Bali et que la vue de notre salle à manger donne sur un décor tropical composé de cocotiers, durians, papayers, bananiers, frangipaniers  quand on est à Bali, point. Étape quasi inéluctable, le retour de voyage mérite pourtant ma pleine attention.

M’enfin, on n’en est plus là. Depuis quelques jours, on est revenus en Thaïlande pour s’installer une dernière semaine à Bangkok. On a troqué le vert, la sérénité et la ruralité pour le gris, l’agitation et l’urbanité. C’est pas plus mal, on aime les changements de décor, les passages, les transitions.

C’est immanquable, on se le fait demander : à l’aube du retour de voyage, comment vous sentez-vous?

Bien. Juste bien.

On n’a jamais eu l’habitude de voir les retours comme d’inévitables bêtes dévorant à rebours les pages du calendrier. On n’a jamais eu l’habitude d’avoir envie de les repousser, voire de les déjouer. On les a toujours accueillis comme d’autres de ces transitions qui ponctuent la vie avec doigté : les départs, les changements, les retours…

On est bien.

On est heureux de revenir bientôt. Ce n’est pas qu’on est las de voyager. Ce n’est pas que ces 6 mois nous ont paru longs. Ce n’est pas qu’on en a marre de découvrir l’Asie, d’être ailleurs, de bouger, d’expérimenter. Ce n’est pas non plus qu’on en a assez d’être toujours ensemble, retranchés dans notre cellule familiale. Ni qu’on s’ennuie d’un certain confort que seule notre maison peut nous apporter. Ce n’est rien de tout ça.

C’est qu’on voit l’étape de la fin, du retour, comme un moment qu’il faut chérir autant que le départ.

On a travaillé fort pour se forger une vie sur mesure, en accord avec nos valeurs profondes, nos envies, nos goûts. Cette vie repose en grande partie sur notre indépendance géographique : c’est elle qui nous permet de voyager plusieurs mois à la fois. Elle repose aussi sur une vie sociale exaltante, un bien-être quotidien, le respect de nos valeurs profondes, un rythme adapté à notre mode de vie, une autonomie et une flexibilité qui valent de l’or, des vies professionnelles enrichissantes. Cette vie, on l’a sculptée sur mesure, à notre image, de sorte qu’elle nous paraisse aussi captivante au sommet d’un volcan qu’au creux de notre divan. Elle n’est pas parfaite cette vie. Et ce n’est pas la distance qui la rendra ainsi non plus.

Retour à la « réalité », vraiment?

Le retour ne signifie pas, pour nous, le « retour à la réalité ». Notre réalité, on l’a emportée dans nos bagages et on la remporte avec nous, à la maison. Notre réalité, c’est être en voyage et ne pas l’être, c’est toujours planifier un prochain voyage sans pour autant voir le temps qui nous en sépare comme une période qu’il faille subir dans l’attente interminable d’échapper enfin à la « routine ». On a vu la solution dans l’enlignement plutôt que dans l’assaisonnement. Dans l’adaptation plutôt que dans l’ornementation.

On a voulu se bâtir une vie dont on ne chercherait pas à se soustraire momentanément le temps d’un voyage, dont on ne chercherait pas à se distancier à coups de fuseaux horaires. Le voyage s’intègre dans cette vie extraordinaire que l’on tente de savourer jour après jour dans les petits comme dans les grands moments, dans l’extra comme dans l’ordinaire, dans le simple, le facile, le bien, comme dans le complexe, le déstabilisant, le merveilleux.

Chaque chose en son temps

Comme après chaque voyage, les projets ne manquent pas. Je ne m’ennuierai pas, l’homme non plus. Il y a de ces projets porteurs qu’on ne peut réaliser en étant à l’autre bout du monde. Et il y a de ces choses qu’on ne peut expérimenter en restant chez soi. Chaque chose en son temps, et maintenant, c’est le temps de fixer le retour d’un oeil positif, alerte, contenté et surtout, surtout, rempli de gratitude.

Ne me souhaitez pas un bon « retour à la réalité ». Souhaitez-moi un exaltant prolongement de voyage.

About Author

Éparpillée professionnellement, langagière de métier, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Périnatalité, linguistique et voyages teintent mon quotidien.

8 commentaires

  1. Jolie réflexion que je comprends mieux maintenant, surtout parce que mes retours ne sont plus définitifs et il y a déjà d’autres projets à l’horizon.
    Aujourd’hui, si le retour me fait peur, ce n’est pas forcément personnellement, mais plus générale, sur la situation politique actuelle…

    • Voilà : le retour n’est pas définitif, car on sait maintenant qu’on a toujours la liberté de changer et d’adapter ce qui ne nous convient pas dans notre vie, que ce soit en voyage ou non, et qu’un voyage n’est jamais le dernier.

      Pour la situation politique actuelle, j’avoue être un peu décalée en Asie et ne pas avoir tout suivi, mais ça semble tendu et j’ose imaginer qu’un retour puisse être synonyme d’incertitude :/

      Faut venir au Canada, alors ;)

    • Je n’en doute pas pour les voyages courts, ça doit être totalement différent, puisqu’il s’agit là vraiment d’une parenthèse dans la vie courante. Honnêtement, mon voyage le plus court était de 3 mois (et 3 mois pas toujours évidents, donc le retour était aussi bienvenu dans ces cas-là), donc je ne connais pas le feeling d’un retour après 2-3 semaines. Merci pour ton commentaire!

  2. C’est tellement agréable de lire un texte comme celui-ci, au milieu de tous ces gens qui catégorisent sans cesse les choses « voyageurs/pas voyageurs/touriste », « départ/retour », « routine/voyages » etc. Ca me fait plaisir de voir qu’il existe encore des gens qui ne classent pas tout, et qui voient de la continuité dans les choses, qui voient que tout s’entrecroise toujours. Par rapport au commentaire précédent, je n’ai voyagé qu’à « court terme » (encore une distinction « court-terme/long-terme » que je n’aime pas, mais c’est plus facile de s’exprimer ainsi), et j’ai toujours adoré le retour. Pour les mêmes raisons que tu évoques, parce que les retours font partis de la vie. C’est effectivement une parenthèse dans la vie courante, comme tu l’énonces, mais les parenthèses sont toujours intégrées aux phrases, elles ne viennent jamais seules ;)
    Bref, j’ai adoré cette réflexion, qui m’a montrée qu’il y avait encore des gens qui ne considéraient pas le retour qu’avec mépris. Pour moi, c’est comme pour vous : « Notre réalité, on l’a emportée dans nos bagages et on la remporte avec nous, à la maison. » Merci pour ce magnifique article, il m’a beaucoup touchée.

    • Bonjour Marion, bienvenue sur le blogue et… merci pour ce beau commentaire!

      Les catégorisations, les hiérarchies, elles m’énervent aussi, surtout les deuxièmes! Pour les premières, parfois, elles me semble utiles, d’autres fois, prétentieuses… Il est absolument certain que j’en reparlerai tôt ou tard sur le blog, dans la section linguistique je crois bien!

      Toutefois, quand je parle de court terme/long terme, je ne vois pas là une hiérarchisation, mais je crois qu’il y a bel et bien une différence dans le rythme (pas toujours, mais généralement), dans l’impact que le voyage a sur la vie courante (pas toujours, mais souvent), dans la façon de voyager (rares sont ceux qui choisiront de s’installer plusieurs semaines à chaque endroit quand ils ont 3 semaines pour découvrir un pays… et conséquemment, la façon de vivre le voyage et les buts poursuivis ne sont pas forcément les mêmes… un n’est pas meilleur que l’autre, juste différent, et c’est parfait ainsi).

      Pour ma part, me connaissant, je pense que le retour me rendrait un peu moins pimpette si je n’étais partie que 3 semaines. Parce qu’en 3 semaines, j’aurais adopté un autre rythme, j’aurais vécu mon voyage différement, et je crois que là, j’aurais considéré mon voyage comme une parenthèse (encore là, les parenthèses, c’est magnifiques, tu vois, j’en abuse!)… Quand je pars pour une ou deux semaines, au Québec, j’ai souvent l’impression, au retour, de « retourner à la réalité » parce que j’ai décroché, alors qu’ici, le travail nous suit, les petites journées ordinaires, la lessive, l’épicerie, etc.

      M’enfin, tu m’as totalement eue sur : « les parenthèses sont toujours intégrées aux phrases, elles ne viennent jamais seules ». Un exemple utilisant la ponctuation, ça parle à la langagière, ça! ;)

      Merci encore et je m’en vais découvrir ton blogue de ce pas!

  3. Très joli article, qui me parle beaucoup… On parlait justement de cela ce midi avec mon homme. Voilà un peu plus de six mois que nous sommes en vadrouille, on rentre en France début septembre, et je lui disais que contrairement à notre premier grand voyage où le retour avait vraiment été compliqué, là je me sentais beaucoup plus sereine… On est très contents de voyager en ce moment et ravis que cela dure encore un mois et demi… mais aussi contents à l’idée de rentrer, des nouveaux projets, de la poursuite de notre vie. Je crois que cela tient à ce que tu dis, au fait de construire une vie qui nous ressemble et nous plaise, où que l’on soit… Pas une vie dont on cherche à tout pris à se soustraire. C’est quelque chose sur lequel nous avons beaucoup travaillé ces dernières années, et il faut croire que cela porte ses fruits !
    Bon voyage à vous alors, ici ou ailleurs, en vadrouille ou at home ;-)

    • Bonjour Aurélie! Heureuse de voir que ces pensées font écho chez vous aussi! Tout, absolument tout (les retours de voyage, mais pas que) deviennent plus doux quand on se construit une vie à notre image, dans le respect de nos besoins, de nos valeurs et de nos envies.

      Profitez bien des semaines qu’il vous reste!

Leave A Reply

CommentLuv badge
79 Partages
Partagez
Tweetez
Enregistrer