Fraîchement débarqués à Buenos Aires…

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Les passagers en partance pour l’Argentine sont priés de se présenter à la porte 4, afin de procéder à l’embarquement. Récit original: 2007.

Arrivée à Buenos Aires

Le chauffeur du taxi dans lequel nous avons pris place au sortir de l’aéroport Ezeiza, situé à une vingtaine de kilomètres de Buenos Aires, tente d’engager, ou plutôt de maintenir une conversation hasardeuse entre un espagnol argentin aux accents beaucoup plus forts qu’espérés et un castillan international académique fatigué, ayant été remisé trop longtemps, et qui ne pense qu’à une chose, 27 heures après avoir quitté la maison : dormir.

La voiture s’engage sur une bretelle d’autoroute impressionnante. Il me semble, à cet instant, que nous n’arriverons jamais. À la vitesse à laquelle ce taxi prend les courbes, nous avons plus de chances de nous envoler direction Ushuaïa que d’arriver à bon port en un morceau dans le quartier Constitución. J’aurais du m’en douter dès le départ, à la façon qu’il avait de brusquer l’espace vital de son coffre de voiture pour y faire entrer (ce qui n’aurait quand même pas été si difficile que cela, moyennant un chouilla de patience) ce qui, nous l’espérions, pourrait encore à la fin de ce trajet, porter le nom de bagage (7 années plus tard, je peux confirmer que nos sacs Vaude et Deuter sont faits tough!).

Par une chance inouïe (notre heure n’était pas encore venue), nous réussissons à suivre la courbe et même à nous en sortir, avec la même vitesse et la même agilité dont font preuves les trop nombreuses autres voitures nous entourant. Nous voilà sur l’Avenida 9 de Julio, une des plus larges avenues au monde. Avec ses 140 mètres de large et ses 20 voies, séparées en quatre groupes de deux et de huit, elle s’ouvre devant nous.  Welcome to Buenos Aires!

avenida 9 de julio

Nous dictons maladroitement à notre chauffeur l’adresse de notre hostel, gribouillée sur le bout d’une facture de l’aéroport de Toronto. Il nous fait signe de la main, semblant vouloir dire « C’est par là », tout en poursuivant dans l’autre direction. Je crois que nous nous sommes mal compris. Je ne voulais pas savoir OÙ se trouve cet hôtel. Un peu plus tard, il s’arrête net et nous informe du prix. D’accord. Sommes-nous rendus ? Non ? C’est par là ?  Nous payons et attrapons nos quelques bagages coincés dans le coffre de la voiture qui est déjà en train de repartir.

C’est ainsi que nous nous retrouvons dans le quartier Contitución, seuls avec nos bagages et une direction pointée du doigt par un chauffeur pressé.

C’est l’hiver ici aussi

L’air frais, très frais, nous prend par surprise, contrastant avec les 25 degrés Celsius sur lesquels nous avons quitté Montréal. Ici, il doit bien faire sous zéro. (Après vérification, il fait, ce jour-là, -5 degrés celsius.) Nous marchons d’un pas rapide dans la direction pointée par le doigt du chauffeur pressé et trouvons enfin l’adresse. Un poids de moins sur les épaules. Nous discutons longuement avec le propriétaire de la place avant de choisir notre chambre. Nous choisissons celle qui donne directement sur la salle commune, à l’étage principal (erreur que nous constaterons deux nuits plus tard). Une chambre nous sépare du « salon » et de la cuisinette. Nous sommes les seuls à cet étage (ce qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille).

Hostel Sol Buenos Aires

La plupart des résidents de l’hostel sont là depuis quelques semaines, voire quelques mois. La plupart sont à Buenos Aires pour apprendre l’espagnol, pour occuper un poste temporaire, ou pour glander. Je dirais que près de la moitié sont là pour glander. Comme il ne semble pas si facile de se trouver une chambre ou un petit appartement pas cher, vivre à l’hostel (un des moins chers de toute la ville, à l’époque du moins) semble la solution parfaite. Nous faisons partie de la minorité de « voyageurs de passages ».

L’Hostel Sol est grand et coloré. Ses propriétaires, un frère et une sœur passant la majorité de leur temps sur place, sont absolument charmants. À l’étage principale, une grande pièce pourvue de plusieurs tables fait office de lieu de rassemblement. Un petit salon adjacent, dans lequel se trouve quelques ordinateurs offrant gratuitement Internet, un piano désaccordé (un classique), quelques sofas dépareillés (un autre classique) et un téléviseur étant la plupart du temps syntonisé sur le match de fútbol du jour, semble fréquenté par l’élite des chambreurs, ceux qui vivent en permanence à l’hostel. Même le piano sent la cigarette. L’endroit reste néanmoins fort sympathique.

Nous sommes bel et bien en Argentine

Nous décidons donc de sortir prendre l’air et découvrir brièvement les alentours, faire des provisions et prendre les dernières énergies qu’il nous reste pour nous rendre compte que nous sommes bel et bien arrivés en Argentine.

Buenos Aires

Buenos Aires

L’exploration ne sera pas aussi approfondie que prévue : il fait de plus en plus froid et une fois la clarté du soleil de fin d’après-midi disparue beaucoup plus tôt qu’imaginé – pas facile de se rentrer cette information dans la tête : c’est l’hiver ! – le quartier semble encore moins chaleureux, dans tous les sens du terme. Nous nous rendons donc jusqu’à la grocería la plus proche, achetons des bières, un pain tranché, un pot de marmelade, un sachet de café instant et quelques friandises à nous mettre sous la dent dans la soirée, et revenons d’un pas aussi pressé qu’incertain à notre chambre.

Sentiments incertains

Chaque arrivée en voyage me semble un peu surréaliste. Souvent après une nuit blanche, un manque flagrant de sommeil, un chouilla d’écoeurement du trajet (surtout après 2 ou 3 vols), j’ai toujours – ou presque – cette impression de ne pas être réellement là. « Je suis en Argentine. » Ça sonne bien, mais ça ne veut encore rien dire. Je n’ai encore rien vu de ce pays, ni même de Buenos Aires. Mon cerveau ne répond plus, mon corps se lamente. J’ai besoin du sommeil que je trouverai rapidement en ces lieux que je ne connais pas, où je n’ai aucun repères, pour le moment.

« Je suis en Argentine. » Ça fait des mois que j’en rêve et maintenant que j’y suis, c’est comme si toutes mes émotions m’avaient été confisquées aux douanes. Dormir. Je ne pense qu’à dormir. Demain est un autre jour…

 

 

About Author

Éparpillée professionnellement, langagière de métier, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Périnatalité, linguistique et voyages teintent mon quotidien.

2 commentaires

    • Merci Olivier pour votre commentaire. C’est effectivement un très beau pays (le séjour en question a eu lieu en 2007!) :)

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