Amis voyageurs: l’Eurovélo6

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L’Eurovélo 06

 » L’Eurovélo 6, c’est un itinéraire cyclable qui traverse l’Europe d’ouest en est, reliant l’Atlantique à la Mer Noire. Théoriquement, c’est 3653km de long et ça traverse 10 pays, mais nous nous sommes rendus compte que ce n’était pas si simple. C’est important de comprendre que ce n’est pas une piste cyclable, en fait la plupart du temps on est dans le trafic, sauf en Allemagne et en Autriche, mais juste un itinéraire assez bien indiqué tout au long permettant de se rendre à la Mer Noire sans trop de tracas. On l’appelle aussi la route des fleuves, car son tracé suit les 3 principaux fleuves d’Europe : la Loire, le Rhin et le bleu Danube. Ce qui rend ce trajet plutôt facile, car c’est généralement plat. » 

– John

EuroVelo Route 6 map

 

Ils ont parcouru les 3653 kilomètres de l’Eurovélo 6 en couple, en 7 semaines… J’ai eu envie de leur poser quelques questions et ils se sont prêtés au jeu…

Eurovélo 6

D’abord, présentez-vous : qui êtes-vous?

(John) John Martel, je fais mon possible depuis 34 ans. Je suis un gars de Québec qui  essaie de voyager 2-3 mois par année, au gré du climat, je dirais.

(M-E) Marie-Eve Harvey, une ingénieure du Saguenay qui fêtera bientôt ses 30 ans.

(John) C’est la responsable du varnoussage* du groupe.

Dans ce cas-ci, « varnoussage » signifie faire plusieurs petites choses sur une plus ou moins longue période de temps… Jonathan dit que Marie-Ève « varnousse » quand elle s’affaire à gauche et à droite, à tout remettre en ordre le contenu de ses bagages… 

 

 

Présentez-nous votre projet…

(John) Les parents de M-E sont venus un jour nous montrer leurs photos de la vallée de la Loire où ils ont fait du vélo. En regardant ça, je me suis rendu compte que ça faisait partie de l’Eurovélo6 et je ne sais pas pourquoi, ça m’a donné l’idée de traverser l’Europe à vélo. C’est donc ce que nous avons fait, 2 ans plus tard: le temps de convaincre M-E! En gros, nous avons traversé, dans l’ordre : La France, la Suisse, l’Allemagne, la Suisse, l’Allemagne, la Suisse, l’Allemagne (ainsi de suite à 5 ou 6 reprises), l’Autriche, la Slovaquie, la Hongrie, la Croatie, la Serbie et la Roumanie. 3882 km au total, en 47 jours de voyage

(M-E) 51…

(John) Incluant l’atterrissage à Paris et le redécollage de Paris. En tout nous avons fait 38 jours de vélo, pour une moyenne de 102,15 km par jour. Nous avons pris seulement 2 jours de congé dans tout ça au 12e et au 26e jour.

(M-E) On a gardé nos journées libres pour la plage à la Mer Noire!

(John) Notre plus grosse journée fut de 137 km et la plus petite de 61 km. Pour être honnête, je prévoyais faire du camping au moins les trois quarts du voyage.

(M-E) C’est ça le problème, c’est qu’on n’a pas prévu grand chose et ce qu’on a prévu, on l’a pas fait. Au moins on s’est rendus au bout.

(John) J’ai quand même lu tous les blogues de gens ayant fait le trajet au complet! Plusieurs fois même!

eurovelo6

 De quelle façon vous êtes-vous préparés à ce voyage?

(M-E) La condition pour partir, c’était d’avoir amplement de temps pour se préparer physiquement. Donc, après que John eut lancé l’idée, nous nous sommes inscrits au spinning. Nous avons aussi commencé à faire plus de vélo durant l’été. Car oui, nous faisions du vélo, mais nous n’avons jamais été de grands cyclistes. Notre plus ambitieuse sortie de vélo jusque là était le tour du Lac St-Jean sur la véloroute des Bleuets en 3 jours, environ 250km. On a donc fait du spinning 1 fois par semaine pendant au moins 1 an et demi et 3 mois avant notre départ, nous avons roulé environ 800km.

(John) Côté psychologique ou même en préparatifs, on n’a pas fait grand chose (hahaha!). J’ai fait l’itinéraire de voyage la soirée avant de partir et j’étais pas sûr que notre équipement de camping manquant commandé sur le site web de MEC allait arriver à temps. L’itinéraire, c’était assez cool par contre, j’avais réussi à estimer chaque jour pendant environ 40 jours à savoir, où nous devions être afin d’être à temps pour prendre notre avion à Bucarest le 3 septembre, histoire de ne pas rater notre vol Paris-Québec le lendemain!

 

 Parlez-moi de votre matériel…

(John) Tiré du blogue :

  • Vélos: 2 Cannondale Synapse, armés de pneus Schwalbe Marathon Plus
  • Synapse VI pour madame
  • Disc 5 105 pour monsieur
  • Une remorque Bob Yak ainsi que le sac étanche venant de pair
  • 2 sacoches et une boîte à lunch de vélo
  • Tente TGV de chez MEC, matelas de sol et sacs de couchage minimalistes
  • Kit de gamelles + brûleur superfly de MSR
  • Une Lifestraw
  • Peu de vêtements (2 cuissards, 2 chandails de vélo, 1 ensemble de camping et 1 ensemble de ville, 1 veste de vélo coupe-vent, 1 veste de vélo imperméable, couvre-chaussures, 1 veste de camping imperméable, 1 paire de souliers de vélo, 1 paire d’espadrilles)
  • Un iPhone déverrouillé, au cas où
  • l’ensemble des cartes disponibles pour l’Eurovélo 6: Loire à vélo, route du Rhin, Danube bike trail
  • D’autres choses telles une trousse de premiers soins, lampe frontale, une pompe, etc.

La plupart de cet équipement, on l’avait déjà et nous en étions pas mal satisfaits. Nous faisons un peu de camping, pas mal de rando et on a expérimenté le vélo-camping à quelques reprises, donc on savait que ça faisait la job et que c’était « just enough ». Nous ne voulions pas en apporter trop, mais nous voulions être prêts à survivre dans le bois.

Les vélos, par contre, c’est une autre histoire! Sincèrement, on pensait qu’on s’en allait faire de la piste cyclable et que des vélos de route représentaient la meilleure option. Que nenni! Mais au final on est bien contents, on a rencontré pas mal de gens qui « trippaient » sur notre setup, et nos vélos, à part quelques journées plus difficiles, nous ont vraiment bien servis et sont revenus en bon état. Les pneus, sérieusement, c’est le seul choix à faire. De tous les cyclistes de l’Eurovélo 6 en 2014, nous sommes les seuls à ne pas avoir fait une seule crevaison! Et pour avoir essayé le vélo lourdement chargé de sacoches d’un autre cycliste, la remorque aussi c’est un must!

 

Leur matériel

Et côté budget, ça ressemble à quoi?

(John) Ouf! Nous ne sommes vraiment pas des exemples à suivre…

(M-E) John ne calcule jamais rien et on a juste fait 2 jours de camping!

(John) En effet, on a jugé que quelques euros de plus par jour, ça valait la peine pour dormir dans un bon lit, ne pas avoir à courrailler* le déjeuner  (petit-déjeuner) le matin et avoir l’occasion de jaser avec des gens qui ne sont ni cyclistes, ni touristes. Pour nous deux, en comptant les billets d’avion (aller-retour Québec-Paris + Bucarest-Paris), le matériel que nous n’avions pas déjà (la remorque et quelques trucs de camping), la bouffe, la bière et le vino chaque jour, on tourne autour de 10 000 CAD$.

Mais sérieusement, on a croisé du monde sur la route qui auraient vécu toute une année avec ce même budget. Sauf que ces cyclistes-là, ils l’ont un peu plus tough que nous l’avons eu. Ils font du camping, pas toujours dans des sites prévus à cet effet, ils ne mangent pas au resto 2 fois par jour, pas sûr qu’ils prennent une douche tous les jours non plus, etc. Mais, ça semble possible de le faire pour moins de 3000$ sans compter l’avion. Le problème c’est la durée aussi. Nous l’avons fait assez vite, mais les gens prennent généralement 15-30 jours de plus que nous pour faire ça. Ou plus. Évidemment, plus tu restes longtemps en voyage, pire c’est côté dépenses. Le seul avantage, c’est qu’après avoir quitté la France, chaque jour est moins cher que le précédent. Sauf à Vienne et Budapest.

Évidemment, John et M-E ne recherchent pas d’aventures galantes avec le petit-déj. Ici, on cherche prendre le petit-déjeuner ;)

 

Différents logements tout au long du parcours

Différents logements tout au long du parcours

 

 Entreteniez-vous certaines craintes avant le départ?

(John) Pantoute…Sauf peut-être les chiens…

(M-E) Moi j’avais vraiment peur de ne pas être capable physiquement, que ce soit trop vallonné par exemple. D’être tannée de faire du camping aussi et de ne pas avoir de confort. Surtout en Roumanie, j’étais préparée mentalement pour bien pire que ce qu’on a vu. Aussi, qu’on finisse par ne plus s’endurer, en étant deux mois dans des conditions de promiscuité bien différentes que celles de cohabitation auxquelles nous sommes habitués.

eurovelo6

 Et puis, finalement, ces craintes étaient-elles fondées?

(M-E) Finalement, c’était vraiment plus facile que ce que je pensais. On n’a presque pas fait de camping et avons toujours couché dans des gîtes ou chambres d’hôtes où nous avons toujours été super bien accueillis, donc pas de problèmes de ce côté. Physiquement, j’étais nerveuse pour rien, on s’entraîne en le faisant et le zincofax pour les fesses, c’est parfait! Et puis c’est plat pas mal tout le long, le niveau de difficulté était moindre que celui que j’anticipais.

(John) Et finalement, voyager avec moi c’est le top! J’ai un bon sens de l’orientation, je prends des décisions rapidement, je chante sur mon vélo après avoir bu 1 bière… Bref, on a eu un léger manque de communication à une seule et unique reprise. Sinon, c’était carrément parfait côté couple. Bon, à la fin nous étions contents d’avoir d’autres amis cyclistes avec qui échanger, ça faisait changement, mais tout s’est super bien passé.

eurovelo6

 Avez-vous rencontré certains obstacles, certaines difficultés? Racontez-nous!

(John) Ah oui! À la question précédente j’aurais dû parler des chiens! On a eu une journée horrible en Serbie, de Belgrade à Kovin. Sur 124 km cette journée-là, on s’est fait poursuivre au total par environ 30 à 40 chiens. On a perdu le compte, mais c’était incroyable : chaque maison croisée sur la digue le long du Danube était un repère de chiens et chaque fois, c’était immanquable, ça sortait à coup de 2-3 chiens et ils ne nous lâchaient pas avant que d’autres prennent le relais. Finalement, on ne s’est pas fait mordre, mais j’ai failli abandonner cette journée-là.

(M-E) Physiquement, seulement quelques maux de ventre et un constant mal de fesses (limité par le zincofax). Sinon, les grandes villes, c’était toujours un peu plus difficile de trouver notre chemin. On a même été séparés pendant 2 heures à Bucarest en revenant du restaurant, perdu chacun de notre côté. À partir de la Hongrie, on a circulé à plusieurs reprises et pendant de (trop) nombreux kilomètres sur les digues protégeant les terres des crues du Danube. Les digues ont le désavantage d’être en terre battue, souvent agrémentée de gazon inégal ou de boue après la pluie. Rien de bien invitant pour un vélo de route avec des roues de 28 mm.

(John) Ah oui les digues et les routes mal entretenues d’Europe de l’Est. J’ai brisé un rayon à 3 reprises. Seul bris mécanique de tout le voyage.

 

eurovélo 6

eurovélo 6

 Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui prévoit réaliser un projet semblable?

(John) Hmmm, je ne sais pas trop, honnêtement moi j’aime pas trop recevoir de conseils des autres quand je voyage donc c’est difficile. Peut-être juste de lire les expériences humaines des autres l’ayant fait. Parler allemand aussi, ça aide.

(M-E) Avoir de bonnes cartes et les consulter sur la route. Notre drapeau du Canada nous a attiré beaucoup de sympathie aussi. Toujours conserver des euros en liquide, dans tous les pays ils les acceptent. Amenez du zincofax. Ne pas effectuer ce voyage seul, on croise des gens seuls sur la route, mais ça n’a pas l’air aussi plaisant. Et finalement, ne pas réserver trop d’avance, on sait jamais jusqu’où on peut se rendre ou quel joli village nous incitera à nous arrêter.

(John) Ne pas oublier qu’on est en voyage aussi : nous sommes invités chez les gens, pas l’inverse et c’est pas comme si on était le boutte de la marde non plus…

eurovélo 6

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eurovelo6

 

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Éparpillée professionnellement, langagière de métier, géographiquement indépendante, voyageuse et mère X3. Périnatalité, linguistique et voyages teintent mon quotidien.

8 commentaires

  1. michelle on

    j’ai l’impression de me retrouver, nous avons fait ce magnifique voyage en juin et juillet de cette année en tandem , mais malheuresement les chiens nous ont fait abandonnés à Drobeta marre de se faire courser ! et de traverser les villages avec l’appréhension de se faire mordre. Et nous aussi on croyait que ce n’était que de la piste cyclable, mais les camions serbes ne faisaient pas trop d’écart pour nous éviter.

    • Merci Michelle pour ce commentaire :)

      Avez-vous tout de même apprécié la partie du trajet réalisée (outre les chiens et les camions serbes)?

  2. Pingback: Top 5 des articles les plus lus de 2014

  3. tiphanya on

    Ah mince, les chiens sont ma hantise en vélo. Mais cette route me fait rêver. Du coup, maintenant je rêve beaucoup moins !

    • Bonjour Tiphanya et bienvenue sur le blog :)

      Je suis certaine que les cyclotouristes qui doivent composer avec les chiens régulièrement ont toutes sortes de trucs pour mieux les passer. Mais je comprends totalement. Je ne voyage pas à vélo, mais j’ai déjà vécu quelques expériences avec des chiens en Bolivie… pas rassurant toujours!

  4. Bonjour
    Nous venons de faire Besançon Vienne en Tandem, et je confirme que ce n’est pas toujours aisé avec un tandem chargé!

  5. pouvez vous me dire comment faire le retour en train. ma fin d’étape sera vraisemblablement la frontière entre Allemagne et Autriche. 3 enfants, 2 adultes et une remorque.

    merci

    • Bonjour,

      Malheureusement, je ne suis pas celle qui pourra vous informer sur ce point. Cet article relate le voyage d’amis. Le retour en train… pour se rendre où?

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